‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 88 sur 170 · L'ACADÉMIE MALGACHE · texte numérisé non relu

L'ACADÉMIE MALGACHE

laîreS) dont 2 indigènes, de 30 membres associés et d'un nombre illimité de correspondants , choisis parmi les personnes ayant apporté à des titres divers leur contribution à la connaissance de Madagascar.

Cette assemblée compte aujourd'hui à son actif de fort intéressants travaux. Elle a éclairci bien des points obscurs de l'histoire malgache, expliqué des coutumes, retrouvé de vieilles légendes et fourni ainsi des données précieuses sur la mentalité des populations et l'évolution de leur état social. Enfin, en 1904 et 1905, elle a entrepris, dans la province de Miarinarivo, des recherches qui ont eu leur écho dans les sociétés savantes des diverses parties du monde, et fait la lumière sur des questions très délicates et jusqu'alors très controversées de la paléontologie de la grande île.

Parmi les manifestations de la confiance que peut inspirer une colonie ndssante, les demandes de renseignements pour des projets d'entreprises ou les candidatures aux emplois dans les services publics sont un élément d'appréciation à considérer. Sous ce rapport, Madagascar n'a pas eu à se plaindre; chaque courrier m'apportait de France et de l'étranger des requêtes nombreuses, auxquelles je faisais faire des réponses documentées que publiait souvent, dans un but de vulgarisation, le Journal officiel de la colonie.

Est-il besoin d'ajouter que si l'on ne marchandait pas les réponses destinées à éclairer les intéressés sur Madagascar, il s'en fallait de beaucoup qu'on pût donner satisfaction à tous les solliciteurs de places.

D'^lleurs, parmi ces demandes, certaines ne laissaient pas d'être imprévues et fantaisistes, par exemple, celles qui me parvinrent pour des emplois de pêcheur de perles, charmeur de serpents, femme toréador, etc.

Pendant les premiers mois de 1902, le colonel Lyautey paracheva, suivant mes instructions générales, la tâche difficile que je lui avais confiée dans le sud de l'île. Son premier effort

s'était porté sur la région montagneuse, couverte de forêts et extrêmement accidentée, interposée entre le plateau central et la côte sud-est, et les opérations militaires dans cette contrée avaient pris fin avec l'année 1901. Mais les tribus que nous venions de soumettre ayant donné maintes preuves de leur caractère turbulent et pillard, il importait de les maintenir sous une surveillance étroite. Le colonel Lyautey y pourvut en établissant sur les deux lisières et dans l'intérieur du massif forestier un réseau de postes disposés en quinconce, qui, reliés par de fréquentes patrouilles de jour et de nuit, sauvegardèrent Tordre et assurèrent, à travers cet épais rideau boisé, des communications régulières entre les régions de l'intérieur et la côte est.

Malgré toute l'activité déployée, l'immensité du pays n'avait pas permis cependant, de commencer avant la fin de 190 1 la pénétration de la région mahafaly, située au sud du cercle de Tuléar. Le colonel Lyautey se retourna de ce côté dès le début de 1902 et, suivant son habitude, mena les opérations rondement.

Ce pays mahafaly est, au point de vue du climat et de la végétation, une des régions les plus curieuses de Madagascar.

La pluie n'y tombe que deux ou trois fois l'an; on rencontre çà et là quelques puits, mais des distances de 60 à 80 kilomètres les séparent et certains sont à sec une partie de l'année. Les Européens voyagent donc avec leur provision d'eau transportée à dos de bourjane; quant aux indigènes, ils n'ont, la plupart du temps, d'autre|^boisson que celle qu'ils extraient par compression des feuilles et du fruit du cactus. L'eau, même souillée, est pour eux un régal d'exception et il est arrivé plus d'ime fois à tel explorateur de cette contrée de voir les indigènes se disputer le liquide qui venait de servir à ses ablutions matinales.

La végétation du]]îpays mahafaly est assez abondante, mais elle offre ce caractère particulier que les arbres y sont sans feuilles et ressemblent, à la couleur près, à des coraux poussés en pleine terre. En outre, d'immenses superficies sont couvertes

LE PAYS MAHAFALY

de cactus épineux, dont Tépidenne des indigènes s'accommode, mais qui rendent particulièrement pénible la marche des Européens. Les rebelles s'en sont vite aperçus et ont trouvé dans ce produit de leur sol ime défense accessoire de premier ordre, qui n'a pas peu contribué à entraver les opérations militaires et à prolonger la résistance»

Enfin, particularité curieuse et digne de remarque, ce pays en apparence si déshérité, est l'un des plus peuplés et des plus riches en troupeaux qu'il y ait à Madagascar.

Les Mahafaly forment une grosse agglomération d'^iviron 200 000 individus, et parussent posséder près de 500 000 bœufs. Avant notre arrivée chez eux, ils n'avaient tiré aucun parti de cette précieuse richesse, vivant dans une sorte de contemplation superstitieuse de leurs troupeaux, et habitant nus sous des huttes, au milieu de leurs impénétrables cactus.

C'est dans cette contrée si inhospitalière pour les blancs, qu'il fsdlut, plusieurs mois durant, poursuivre la pénétration et la soumission par la force de tribus qui se refusaient à admettre notre autorité. La végétation cactée laissant aux Mahafaly l'avan* tage de la vitesse et ne permettant guère à des détachements encadrés d'Européens de leur donner efficacement la chasse, le colonel Lyautey fit procéder à ime action concentrique qui n'était pas précisément facile.

Le principal chef, Refotaka, grand gaillard d'ime trentaine d'années, brave, hardi et agile, réussitpJusieurs fois à s'échapper entre les mailles du filet qui l'enserrait. Enfin, les persévérants efiorts de nos troupes finirent par avoir le dessus. Convaincu à la longue qu 'il ne nous échapperait pas^ et d'ailleurs abandonné par un grand nombre de ses partisans, Refotpka vint se rendre le 21 mai 1902 au capitaine Charbonnei de l'artillerie coloniale. Le désarmement commença aussitôt; en quelques jours, 500 fiisils et 4000 sagaies fiirent remis aux postes militaires de la région.

Les dernières résistances sérieuses que nous rencontrions dans le sud ayant ainsi pris fin, je pus sans inconvénient suppri-

(ai9)

mer le grand Commandement que j'avais temporairement créé. Une fois de plus j'avais eu la confirmation de l'efficacité de la méthode qui consiste à réunir tous les pouvoirs dans ime même main et à associer l'action militaire et l'action politique pour la prise de possession d'un pays neuf.

Le sud de Madagascar fut divisé en quatre grandes circonscriptions :

Au nordy la province de Fianarantsoa englobant tous les éléments betsiléos et quelques éléments baras et taïuilas dépendant géographiquement du Betsiléo.

A l'es/, la province de Farafangana, peuplée d'une foule de tribus, Tanalas, Antaimoros, Antaisakas, Antaifasy, Andrabés, etc., qui reconnaissent individuellement notre autorité, mais chez lesquelles l'esprit de caste et des rivalités anciennes seront pendant quelque temps encore un obstacle à l'amalgamation ethnographique, à la fusion des intérêts et, par suite, au fonctionnement normal de l'action administrative.

Au sud-ouest y la province de Tuléar divisée: en deux zones : au nord, les premières tribus soumises : Baras, Antanosy émigrés, Sakalaves (Vezos et Masikoros) ; au sud, les Mahafaly.

Au sud-esty le cercle de Fort*Dauphin, où les principale? tribus, Antanosy et Antandroy, dont la soumission est de fraîche date, doivent être encore l'objet d'une surveillance attentive.

En même temps qu'il dirigeait avec rapidité et vigueur les opérations militaires, le colonel Lyautey avait donné une énergique impulsion au développement économique des régions placées sous son autorité. Elles furent bientôt sillonnées de lignes télégraphiques, de coiuriers postaux et de routes de fortime, cellesci souvent obtenues par un simple décapage du sol, mais très suffisantes pour les premiers besoins.

L'étude des ressources du pays s'était poursuivie aussi avec méthode, et de larges facilités d'établissement avaient été données à nos compatriotes. D'ailleurs, les expériences agricoles avaient conduit à des conclusions sensiblement les mêmes qu'en

Page 1