ORGANISATION DU SUD
Emyme : ne tenter les cultures tropicales que dans les régions côtières et se limiter sur les hauts plateaux aux cultures vivrières indigènes, à la sériciculture et à certaines cultures fruitières ôu maraîchères européennes. Enfin les entreprises d'élevage, celles d^élevage du cheval en particulier, ofiraient sur plusieurs points de très bonnes conditions de réussite.
Le colonel Lyautey se préoccupa aussi d^ouvrir au commerce des bœufs le marché des colonies anglaises et portugaises de TAfirique du Sud. La récolte du caoutchouc fut également encouragée; les exportations de ce produit, en forte baisse depuis plusieurs années, prirent im essor qui ne s'est pas arrêté depuis; on put Papprécier surtout dans le cercle de Fort-Dauphin, où Ton rencontre certaines variétés, — Vintisy notamment — très appréciées sur les marchés d'Europe.
Le développement physique et intellectuel des populations indigènes n'était pas moins nécessaire que celui du commerce ; pour y pourvoir, les services de l'assistance médicale et de l'enseignement public furent organisés selon la méthode qui avait déjà fait ses preuves en Emyme. Des hôpitaux, ambulances, postes médicaux, furent créés sur de nombreux points du territoire. A Fianarantsoa, une matemité et une œuvre de la Goutte de lait, dirigées avec un remarquable dévouement par le docteur Beigneux, donnèrent, pour la diminution de la mortalité infantile, des résultats réellement inespérés.
L'organisation du service de l'enseignement suivit une progression analogue; de nombreuses écoles s'ouvrirent dans les quatre provinces du Commandement supérieur ; l'École normale François-de-Mahy, créée à Fianarantsoa, devint la pépinière des instituteurs du sud comme l'École Le-Myre-de-Vilers l'était déjà pour les provinces de l'Emyrae.
Au point de vue de l'exercice de notre souveraineté, le colonel Lyautey appliqua aux contrées nouvellement pénétrées dés régimes administratifs et financiers appropriés aux traditions, à la mentalité spéciale des populations et pouvant ainsi
ofirîr, d'une région à Tautre, des différences très marquées.
Comme il Texpose dans un bel ouvrage récemment publié, on voit, en effet, dans ces contrées du stid, « se succéder, comme en une coupe géologique, tou6 les âges de l'histoire. . . Les Betsiléos, race rurale très voisine de certaines des nôtres ; leurs petites métairies isolées, nommées valiiSy qu'ils préfèrent au groupement par villages, évoquent tels aspects du Perche ou de la Bretagne... En descendant au sud, nous trouvons les Baras. Ici, nous remontons de dix siècles. Nous sommes chez des féodaux; la haute caste des Zafimanely détient héréditairement l'influence et le pouvoir... Remontant les hautes vallées de la zone forestière nous voici chez les Tanalas, chez les Andrabés. Nouveau bond en arrière. Enfin, à l'extrême sud de l'île, près du cap Sainte-Marie, chez les Antandroy, nous sommes aux âges préhistoriques*.. >
Il fut tenu compte de ces dissemblances ethnographiques dans le mode d'adaptation de notre souveraineté. J'en rappelle un exemple déjà cité précédeniment. Dans le cercle de Tuléar, Impoinimerina, roi des Baras-Imamônos, avait, dès le début de la pénétration, fait preuve d'un grand sens politique en adhérant franchement au nouvel état de choses. Sur la proposition du commandant Lucciardi, j'instituai pour lui un « protectorat intérieur :^, régime consacrant son autorité par l'investiture francise et plaçant auprès de lui un seul fonctioimaire européen pour remplir les fonctions d'agent résidentiel.
Vers la fin de mai 1902, je me préparais à descendre à Tamatave pour ma tournée annuelle sur les côtes, lorsqu'une fâcheuse nouvelle m'amena à modifier mon itinéraire. La peste venait d'éclater à Majunga, importée probablement par l'un des nombreux boutres qui, à la faveur de la mousson de nord-est, font chaque année le voyage des Indes à Madagascar.
Dès le début, l'épidémie avait fait d'assez nombreuses victimes dans la population très mêlée, de Malgaches, d'Africains et d'Asiatiques qui forme au village de Mahahibo, à l'est de la