‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 90 sur 170 · LA PESTE A MAJUNGA · texte numérisé non relu

LA PESTE A MAJUNGA

ville, une assez dense agglomération. Quelques Européens seulement avaient été frappés, mais pour tous Tissue avait été fatale et plusieurs cas foudroyants avaient profondément impressionné la population.

Parti de Tananarive le lo juin en automobile, j'arrivai le 14 à Majunga où les autorités locales, civiles et militaires, avaient déjà pris les plus sages mesures pour enrayer la marche du fléau. De vastes baraquements en bois, pourvus du matériel d'hôpital et des médicaments les plus indispensables, avaient été construits à bonne distance de la ville pour recevoir les pestiférés ou servir de postes d'observation dans les cas douteux. Les visites que je fis à mon arrivée me permirent d'apprécier l'activité qu'il avait fallu déployer pour aménager ces installations en si peu de temps. Ai-je besoin de dire que, comme toujours en pareil cas, le personnel médical s'acquittait avec un admirable dévouement de sa difficile et dangereuse mission ?

Pour attaquer le mal à son foyer, je renouvelai une expérience qui avait pleinement réussi à Tamatave en 1897 et 1898. La maxime : 4i le feu purifie tout }^ n'étant jamais mieux de mise qu'en temps d'épidémie» je fis évacuer et incendier les quartiers indigènes qui paraissaient avoir été les principaux centres de contamination. Il fallut par la suite payer quelques indemnités, mais le résultat sanitaire fut décisif. En quelques jours le nombre des décès diminua de 75 pour 100. Lorsqu'il fut descendu à un chifBre infime, je quittai Majunga après avoir distribué des secours aux familles les plus éprouvées.

Toutefois, avant de franchir le cordon sanitaire et de rentrer dans les milieux indemnes, il me fallut obéir à une règle qu'on ne saurait trop strictement observer en pareil cas : purger la quarantaine.

Le lazaret de Majunga est établi à la pointe de Katsépé, sur la rive gauche de la Betsiboka et à trois quarts d'heure de la ville par chaloupe à vapeur. Notre séjour y dura ime semaine, pendant laquelle je pus mettre ma correspondance à jour et étudier à

loisir les dossiers de quelques grosses questions que j'allais avoir à régler pendant ma tournée. En dehors de ces occupations, des promenades au bord de la mer ou l'exploration de quelques grottes aux environs étaient les seuls passe^-temps de la journée; le soir, après le dîner, on faisait souvent cercle autour de l'appareil optique qui fonctionnait avec Majimga jusqu'à une heure avancée de la nuit et maintenait seul ma communication avec le reste de l'île...

Notre relégatîon ayant pris fin le 25 juin, la Gironde^ autrefois paquebot de grande ligne des Messageries Maritimes, nous transporta à Diégo-Suarez. Elle venait de reprendre la mer après nous avoir débarqués, lorsqu'elle se découvrit une large voie d'eau qu'il fut impossible d'aveugler; sous la menace d'un naufrage inuninent, eUe rentra précipitamment en rade et vint s'échouer dans Parrière-port. En faisant appel à tous les moyens de l'industrie locale, on eut toutes les peines du monde à sortir le bâtiment de sa fâcheuse posture et à le mettre à peu près en état d'aller se faire réparer ailleurs. L'existence d'une forme de radoub à Diego permettra bientôt de prévenir des accidents de ce genre, ou tout au moins d'éviter que nos navires ayant des avaries en soient réduits à aller demander secours dans les ports étrangers.

Pendant les quinze jours que je passai à Diego, le général Joffre me fit visiter en détail les travaux de défense qui, après trois ans d'efforts, réalisaient dans son ensemble le programme pour lequel j'avais obtenu, au commencement de 1900, l'approbation du Grouvemement. Sous ses ordres, le capitaine de frégate Buchard avait fait aussi d'excellente besogne ; à part le bassin de radoub, dont les projets n'étaient pas encore approuvés à Paris, rien ne restait en souffrance, et la Marine de Diego, outre des installations spacieuses et bien comprises, possédait les approvisionnements les plus indispensables pour le rôle qui lui était alors assigné. Enfin, certains des travaux en cours offraient un intérêt à la fois militaire et économique. C'était le

GROUPE DE BASAS IMAMONOS (PROVINCE DE TULÉAR).

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