CÔTIÈRE
Voyages aux pays sihanaka et bezànozano et dans la région d'Antsirabé-'BEtafo;
HESSOURCES DE CES CONTREES. ] INAUGURATION DU MONUMENT DE JeaN LaBORDE A TaNANARIVE. I RÉORGANISATION ADMINISTRATIVE; RÔLE ATTRIBUÉ AUX FONCTION- NAIRES INDIGÈNES, y L'enseignement des enfants européens. U Les automobiles. | Le service vétérinaire; l'exportation des bœufs, g Les autruches a Tuléar. | Exposition chevaune, réunions hippiques. H Les industries de la femme malgache. 1 Progrès de l'industrie minière. Il Inspection côtière en iqoB; la
situation économique a MaJUNGA et a TaMATAVE. I FÊTE FRANCO-ITALIENNE A
Tamatave. h Le tunnel de Vongo-Vongo. H Les chutes de Koma. H Rentrée a Tananartve.
EN 190a et 1903 9 plusieurs tournées dans les provinces du plateau central me permirent de suivre les progrès de Pagriculture et de Pélevage ailleurs qu'aux environs de Tananarive, et d'étudier les mesures à prendre pour multiplier les débouchés vers le chemin de fer.
Je visitai d'abord (avril 1902) le pays sihanaka, dont le cheflieu est Ambatondrazaka, et qui, constitué en cercle militaire pendant la période de pacification, avait été transformé depuis en province civile, sous la direction de M. l'administrateur en chef Compérat.
De Tananarive, la route d'Ambatondrazaka se dirige au nordest, desservant successivement Ambohitrolomahitsy, Analabé et Anjozorobé. A quelques kilomètres de ce dernier village on franchit l'arête faîtière au col de l' Ambaravarambato (à la Porte de
pierre) dont le colonel Combes força le passage en novembre 1897, au retour de la colonne qu'il avait conduite dans le nord pour débloquer la capitale du pays sihanaka.
Sur Tautre versant de la forêt, la végétation est plus vigoureuse et plus abondante qu'en Emyme, mais le pays ne perd pas sa physionomie accidentée ; on y distingue quelques sommets caractéristiques, tel le piton d'Antanimenakely, sur lequel était juché im poste, commandant toute la contrée, à la limite du bassin du lac Alaotra et de la vaUéc du Mangoro. Les villages traversés, Mandanivatsy, Mangantany, Manakambahiny, reconstruits depuis rinsurrection, sont propres et coquets, entourés de cultures et de bouquets d'arbres verdoyants.
Au centre du pays sihanaka, le lac Alaotra s'étale sur 40 kilomètres de longueur et 10 à 12 de largeur. Cette cuvette, autrefois beaucoup plus vaste, se comble peu à peu par les apports des cours d'eau qui s'y déversent et découvre en se rétrécissant, des alluvions d'une grande fertilité. La plaine qui s'est ainsi formée à la longue et dont le lac n'est plus qu'une sorte de flaque centrale oflBre une superficie d'environ 200.000 hectares, arrosée de nombreux petits cours d'eau et dont les terres fortes et grasses, contenant une notable proportion de phosphates,, méritent leur réputa-^ tion de fécondité.
A l'ouest du pays sihanaka, la chaîne centrale s'abaisse sur une centaine de kilomètres à l'altitude de i.ioo mètres (le lac Alaotra est à 700). De l'autre côté de cette grande coupure, on tombe dans la vallée de la Mahajamba et, plus à l'ouest, dans celle de la Betsiboka. Ces deux vallées n'étaient que voisines jusqu'en 1903, mais présentaient de grandes analogies au point de vue de la constitution des terrains et des caractères ethniques des populations qui les habitent. Aujourd'hui elles ne forment plus qu'im seul bassin, à la suite d'im phénomène assez curieux et assez rare pour être relaté. Pendant les crues de janvier et de février 1903, la Mahajamba après avoir d'abord dévié fortement son lit vers l'ouest, rompit, dans la plaine d'Ambalarano, la ligne de partage
CX3MMERCE SIHANAKA
de faible relief qui séparait sa vallée de celle de sa voisine et ses eaux se déversèrent en totalité dans le Kamoro, affluent de droite de laBetsiboka; depuis lors, cette déviation s'est maintenue; le lit nouveau du fleuve s'est fixé et approfondi, et seuls, les affluents situés au nord du point de rupture continent à s'écouler dans l'ancien lit de la Mahajanaba.
A environ soixante kilomètres au nord du lac Alaotra et à hauteur d'Anosimboahangy, xme autre coupure de la chaîne centrale, dite de la plaine de Lanihay, met le pays sihanaka en communication avec la vallée du Bemarivo, affluent de la Sofia, autre g^nd fleuve de la côte ouest de Madagascar.
Par toutes ces portes ouvertes, les Sihanakas ont essaimé à l'ouest et au nord-ouest et reçu de leur côté les migrations des tribus voisines. Ainsi s'explique- t-on que la population de leur pays soit extrêmement métissée, et que le type sihanaka pur soit aujourd'hui difficile à rencontrer et même à définir.
Antérieurement à la conquête française, le trafic entre l'Emyme et le pays sihanaka était assez actif. En outre, il s'était établi avec la côte est un courant conunercîal dWe certaine importance, s'appliquant principalement aux bœufs, au riz, au rafia et au crin végétal ; des convois partaient soit d'Ambatondrazaka, soit d'Imerimandroso, gros village situé au nord-est du lac, à quarante kilomètres du chef-lieu. Comme partout, l'insurrection avait arrêté les affaires et accumulé les ruines : c'est ainsi qu'en 1897, il avait fallu, sous la menace de la famine, réapprovisionner le pays en riz et en bœufs.
Mon voyage me permit de constater que la population s'était ressaisie, et s'appliquait à réparer le désastre que quelques mois de troubles avaient causé. Aux environs d'Ambatondrazaka et d'Imerimandroso les rizières en culture s'étendent à perte de vue, et les nombreux troupeaux^ qui paissent dans la plaine ou sur les mamelons témoignent que l'ancien cheptel est à peu de chose près reconstitué.
Sur la route qui longe la rive est du lac, je rencontre de
longues files de porteurs se rendant à Tamatave, chargés de riz, de caoutchouc et autres produits. Malheureusement, le pays ne compte guère que lo à 12000 ouvriers agricoles, c'est-à-dire le dixième à peine de ce qu'il faudrait pour sa mise en valeur. D'autre part, les communications avec la côte est sont encore difficiles.
Pour descendre d'Ambatondrazaka à Tantiatave, les indigènes pratiquent, plus ou moins volontiers, trois itinéraires. Le plus suivi est en même temps de beaucoup le plus long. Il remonte sur 40 kilomètres à Imerimandroso, au nord du lac Alaotra, se dirige de là à l'est vers Fénérive et redescend ensuite au sud, le long de la côte, pour aboutir à Tamatave. Il suit un sentier accidenté, mais que les convois successifs ont fini par frayer et améliorer. Les courriers postaux mettent 5 jours pour faire le trajet.
Deux autres pistes indigènes rejoignent Tamatave beaucoup plus directement; l'une — qui est la route future, déjà amorcée sur une trentaine de kilomètres — suit la vallée de Flvoloina; l'autre emprunte la vallée de l'Ivondro. Les difficultés du terrain étant plus grandes que du côté de Fénérive, ces deux itinéraires sont moins fréquentés que celui du nord.
Lorsque les ressources de la colonie auront permis de terminer la route de la vallée de l'Ivoloina, la province sihanaka aura le débouché vers la mer qui lui est nécessaire pour l'exportation de son bétail et de son riz. Mais il ne faut pas se dissimuler que la région comprise entre le lac Alaotra et le littoral est très accidentée, couverte de forêts et que l'achèvement de la route à travers ces contrées nécessitera presque autant d'efforts qu'il a fallu en dépenser entre Tananarive et Mahatsara. Aussi je me demandais si la meilleure manière de résoudre la question, au moins provisoirement, n'était pas de mettre Ambatondrazaka en communication avec notre future lig^ne ferrée vers laquelle je voulais faire rayonner, en aussi grand nombre que possible les routes secondaires des provinces limitrophes. Pour
TRAVAUX DE PROLONGATION DU CANAL DES PANGALANES DANS LA PROVINCE DE MANANJARY. — CLICHÉ DE M. L'ADMINISTRATEUR GODEL.