APICULTURE MALGACHE
recueillir des données sur ce points je rentrai à Tananarive par la vallée du Mangoro, en traversant ainsi du nord au sud le pays bezanozano. La vallée, couloir d^une trentaine de kilomètres de largeur entre la forêt de Beforona et celle de T Angave est desservie par un chemin presque constanunent tracé en terrain horizontal, qu^l sera facile de transformer en route carossable aboutissant au chemin de fer.
A part le cadre de verdure que lui forment les deux forêts, le pays est monotone et les villages y isont rares. Mais les détritus que la végétation d'une longue suite de siècles y a accumulés, ont coiistitué un sol d'une fertilité réelle, dont les colons et les indigènes n'ont pas encore tiré tout le parti (^u'on peut en attendre.
En dehors du riz dont les Bezanozanoô règlent l'ensemencement sur les besoins stricts de leur consommation, le café est une des cultures les plus répandues daiis la contrée. Les indigènes tirent aussi de la forêt des produits divers : bois de toute nature, caoutchouc, plantes médicinales tinctoriales, cire et miel d'excellente qualité.
L'apiculture peut devenir pour cette région et pour d'autres de la grande ile une source de revenus accessoire, mais qui n'est cependant pas négligeable. L'abeille est très répandue à Madagascar, principalement dans la région intermédiaire, entre le plateau central et la côte est. Elle ressemble à celle de France, mais est plus petite, de robe plus claire et moins agressive. L'essaimage est plus fréquent qu'en Europe et se produit tous les deux ou trois mois.
Malgré lés conseils qui leur ont été donnés, la plupart des Malgaches recueillent encore le miel en employant le procédé primitif de l'asphyxie par la fiunée ; l'exemple de quelques apiculteurs européens expériiiientés pourra seul les amener à changer de méthode. Le miel se vend à Tanaiïarive de i franc à i fr. 50 le litre et la cire de 2 francs à 2 fr. 50 le kilo.
La population bezanozano, clairsemée et peu nombreuse,
ne dépasse guère 15000 individus; vigoureuse, mais de nature indolente, elle est douce, docile, et susceptible de perfectionnement. A cet égard, l'installation à Moramanga d'une des stations les plus importantes de la voie ferrée, sera pour cette race, encore très primitive, un excellent élément d'éducation et de progrès.
Au conmiencement de 1903, je retournai dans la région d'Antsirabé-Betafo, dont mes premières tournées de 1897 et 1900 m'avaient laissé un agréable souvenir, et la conviction que ce coin privilégié du plateau central devra un jour à la beauté de ses sites, à la douceur de son climat et à la fertilité de son sol, d'être l'une des régions les plus peuplées et les plus riches de Madagascar. Une excursion de huit jours me confirma cette impression. Dans les deux petites villes, élargies et embellies, je trouvai la colonie européenne sensiblement augmentée ; un grand nombre de bicoques malgaches avaient fait place à des constructions coquettes et confortables ; enfin, la population indigène, enrichie par le travail paisible de plusieurs années, avait oublié les mauvais jours, et, obéissant docilement à l'impulsion des autorités françaises, s'appliquait avec entrain à la mise en valeur de son sol.
Les deux derniers administrateurs d'Antsirabé, MM. Gamier- Mouton et Goujon avaient apporté de leur côté la plus intelligente activité dans la direction des travaux de leur circonscription. Mon voyage me fournit ainsi l'occasion d'inaugurer plusieurs constructions importantes, entre autres une nouvelle résidence et deux grands hôpitaux qui portèrent à quatre le nombre des formations de l'assistance médicale indigène dans la contrée. Comme sur d'autres points du territoire, les fokon'olonas avaient spontanément assuré l'exécution des travaux en fournissant les fonds, les matériaux et la main-d'œuvre nécessdres. L^assistance médicale était entrée dans les mœurs et apparaissait désormais aux populations comme une institution indispensable.
LES NORVÉGIENS A ANTSIRABÊ
L'importance des résultats obtenus à ce point de vue^ dans la province d' Antsîrabé, fut appréciée dans le pays même par ses plus vieux habitants européens, je veux parler de la colonie norvégienne, qui avait vu naître la petite ville et assisté ensuite, sous l'autorité française, au rapide développement des œuvres humanitaires qu'elle y avait elle-même commencées bien avant la conquête..
Dans im banquet offert à la résidence par M. l'administrateur Goujon, M. Rosaas,' chef de la mission horvégieime et doyen des Européens de la région, rappelait en ces termes l'état où il avait connu le pays :
€ Quand j'arrivai ici, il y a 34 ans, Antsirabé n'était qu'un misérable hameau. Les indigènes me reçturent avec crainte et défiance ; souvent, quand je voulais les approcher, ils fuyaient à toutes jambes, criant que j'allais les dévorer. C'était en effet une croyance courante parmi eux, que les Vazahas étaient anthropophages et qu'ils venaient à Madagascar dans lé dessein d'assouvir leurs instincts sur les Malgaches et de' s'emparer de leurs enfants pour les expédier an-dafy (au delà des mers). >
Puis, après im aperçu trop modeste de l'œuvre si méritoire que ses compatriotes et lui-même avaient accomplie, M. Rosaas ajoutait :
« Depuis que Madagascar est devenue colonie française, des temps nouveaux se sont levés sur la grande île. De quelque côté que nous tournions les regards, nous voyons le progrès marcher à grand pas et l'hygiène publique occuper xme place d'honneur dans les principales réformes. De nombreux hôpitaux et léproseries s'élèvent partout et témoig^nent hautement de la tendre sollicitude du nouveau Gouvernement pour ce pays et pour le bien de ses habitants. >
Un mouvement d'affadres suivies conmoiènce aussi à se des* siner dans la contrée. Depuis 3 ans, plusieurs maisons européennes s'y sont établies, non pour se livrer uniquement au
commerce d'importation, mais pour pratiquer simiiltanément Texportation et la mise en œuvre des produits du sol.
D'autre part, pour former la jeunesse indigène et la mettre à même de s'employer utilement à cet essor économique, une école professionnelle a été créée l'année précédente à Antsirabé. Je la trouve complètement installée, avec divers ateliers fonctionnant : menuiserie, serrurerie et ajustage, forge, poterie, etc.. ; la force motrice est fournie par une roue hydraulique dont le directeur de l'école a lui-même établi les plans et dirigé le montage.
L'installation d'une brasserie à Antsirabé, d'une distillerie à Betafo et l'exploitation de quelques tourbières et gisements calcaires, marquent le premier essor de l'industrie. Les sources thermales et minérales justifient aussi leur ren<Hnmée. Toute l'année, la petite ville d' Antsirabé compte un certain nombre d'hôtes, européens ou malgaches, venus parfois de loin pour s'y refaire le foie, y soigner la fièvre ou l'anémie. A défaut de casino et autres divertissements dé nos villes d'eaux de France, les visiteurs se contentent d'une installation relativement confortable dans l'unique hôtel de la localité et d'excursions en filanzane aux sites pittoresques des environs. Que la vogue s'en mêle et la station sera lancée !
Les richesses agricoles de la contrée sont exploitées avec méthode par quelques colons. Le blé, l'orge et l'avoine ont été cultivés, sur de petites étendues, il est vrai, mais avec un succès qui a dépassé les espérances. Des échantillons, envoyés à Paris, ont donné lieu à des bulletins d'analyse qui permettent de comparer ces céréales malgaches aux meilleures variétés similaires de France.
Ces analyses — s 'appliquant d'ailleurs à des denrées d'autres parties de l'île et pratiquées en grande partie au laboratoire central de l'Intendance à Paris, sous la direction de M. le pharmacien principal Balknd — forment une documentation des plus intéressantes, qui a été publiée au Journal officiel de la colonie.