ÉLEVAGE ET CULTURES
D'autre part, le sol renfermant certains éléments, produits azotés, phosphates et calcaires, qui font absolimient défaut aux terres rouges de TEmyrue, la végétation fourragère se prête à tous les genres d'élevage. Les chevaux, si sujets à l'ostéomalacie dans les autres parties du plateau central, en sont indemnes dans la région d'Antsirabé-Betafo.
C'est ainsi que, dans une ferme hippique voisine d'Antsirabé, je pus voir plusieurs jiunents qui, atteintes d'ostéomalacie à Tananarive, s'étaient en peu de temps presque complètement rétablies. L'éleveur, M, Georger, l'un des plus anciens colons du plateau central, attribuait ce résultat à la composition des fourrages, qui empruntent aux terrains de la région des proportions d'éléments alibiles au moins équivalentes à celles des bonnes régions d'élevage de France.
Mon voyage me conduisit aussi à faire mettre à l'étude la construction d'une bonne route carrossable reliant Antsirabé à Tananarive et au chemin de fer. Dès mon retour de tournée, un conducteur des travaux publics muni des instructions et accompagné du personnel nécessaires, fut chargé de mettre sur pied le projet définitif et d'étudier en outre le prolongement de la route sur Ambositra et Fianarantsoa.
Les travaux furent ensuite entrepris et étaient bien près d'être terminés à la fin de 1905. Le tracé, suivant des vallées peuplées et bien cultivées, se développe sur environ 150 kilomètres ; l'automobile aidant, la coquette petite ville d' Antsirabé n'est plus qu'à quelques heures de la capitale.
A Betafo, où je me rendis ensuite, je trouvai un pays agricole par excellence, vivant en pleine aisance, couvert de riches cultures et parcouru par de nombreux troupeaux. Mes principales visites furent pour les écoles officielles et privées, l'hôpital indigène nouvellement ouvert et le jardin d'essais où je remarquai une belle plantation de caféiers Libéria et une autre de mûriers.
Un groupe de sériciculteurs indigènes de la région s'y était rassemblé pour me présenter un lot important de cocons obtenus dans le pays. L'efiFort étsdt méritoire, mais intéressant surtout par la quantité de la production ; la qualité laissait encore à désirer et les indigènes avaient encore à perfectionner leurs méthodes de sélection des graines et d'éducation des vers; d'ailleurs, quelques beaux spédmens obtenus pfu: les plus expérimentés d'entre eux, témoignaient que le résultat pouvait être facilement atteint.
Quelques jours après ma rentrée à Tananarive, je présidai l'inauguration d'un monument élevé à Jean Laborde dans la haute ville, sur la place qui porte aujourd'hui son nom.
Ce témoignage de la reconnaissance de ses compatriotes était dû à l'illustre Français, qui, jeté par la tempête en 1831 sur la côte est de l'île, se fixa où le destin l'avait poussé, et pendant 46 années, tour à tour industriel, ingénieur ou diplomate, prépara avec une inlassable fermeté la réalisation de son rêve : annexer Madagascar à la France I
Le jour de la cérémonie, la placé et ses abords sont envahis dès l'aube par une foule innombrable de Malgaches, accourus de tous les points de l'Emyme et mus à la fois par la curiosité et parle désir sincère de s'associer à l'hommage solennel rendu à l'un de leurs premiers bienfaiteurs. Le monument, très simple, consiste en im socle de granit, surmonté d'un buste — fondu à l'école professionnelle de Tananarive — qui, au dire des vieux du pays, rappelle d'une façon fraf^ante les traits du vaillant consul français.
Au pied de la tribune, deux groiq)e8 sjrmbolisent l'alliance du passé et de l'avenir; ce 'sont, drapés dans leur lamba national, les quelques ouvriers survivants de Jean Laborde que j'ai pu retrouver, et, en face, habillés à l'européenne, les jeunes élèves de l'école professionnelle de Tananarive. Après les discours qui retracèrent la longue et noble carrière de l'éducateur et du