‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 99 sur 170 · SERVICE D^AUTOMOBILES · texte numérisé non relu

SERVICE D^AUTOMOBILES

refroidissement des brûleurs^ enfin^ la difficulté de recruter un personnel de chauffeurs exercés et endurants.

J'avais résolu néanmoins de faire une tentative, et peu après mon retour dans la colonie en 1900, une voiturette six-chevaux et deux voitures douze-chevaux Panhard-Levassor, essayées sur les deux routes de Tamatave et de Majimga, donnèrent des résultats aussi satisfaisants que je pouvais l'espérer.

Ce succès eut raison de mes hésitations et je chargeai le capitaine GrttsS) qui avait procédé aux expériences^ de mettre sur pied une organisation définitive. En quelques mois, employés à la commande et à l'expédition des voitures, au recrutement et au dressage du personnel, à la construction des garages, à la constitution des approvisionnements d'essence et de matériel, il réussit à mener à bien cette tâche difficile. Le service des automobiles, précurseur du chemin de fer, a fonctionné régulière* ment depuis, par tous les temps, malgré les orages et les cyclones, et assuré sans interruption les transports de la poste, des colis postaux et des voyageurs. Est-il besoin d'ajouter que ceux-ci trouvèrent dans le nouveau mode de locomotion des commodités et un confortable auxquels le filanzane et les voitures à mulets ne les avaient guère habitués? En outre, des hôtels établis aux principaux points de stationnement tenaient des chambres et des repas prêts pour les arrêts de la journée ou pour l'étape du soir.

Je relaterai aussi la création d'un Service vétérinaire et les raisons qui motivèrent cette institution.

Madagascar possède environ 3 millions de bœufs, se répartissant à peu près ainsi : 900 000 dans le nord, le nord-ouest et l'ouest; 1000 000 en Emyme et au Betsiléo; 500000 sur la côte est; 600000 dans le sud.

Avant la conquête française, et principalement dans les régions d'un accès difficile, le bétail était d'un bon marché extrême; im gros bœuf se payait de 25 à 30 francs. A partir de 1899, à la faveur de la sécurité assurée partout, les commerçants

se mirent à parcourir l'île et à ùâxe des achats qui augmentèrent considérablement pendant la guerre anglo-boër. Cependant, les exportations fléchirent bientôt pour diverses causes : imprévoyance des vendeurs qui profitèrent de besoins impérieux, mais momentanés, pour écouler des animaux de peu de valeur; concurrence faite à re]q)ortation malgadie par la République Argentine, le Texas et l'Australie; absence d'un service de navigation spécial^ient organisé pour entretenir ce courant commercial ; enfin, réglementation sanitaire rigoureuse adoptée par les colonies voisines pour empêcher l'introduction des bœufs malingres ou suspectés de tuberculose.

Le Service, vétérinaire, créé au mois de février 1903, eut pour mission de remédier à cette situation et d'aider au maintien des transactions, d'une part, en étudiant les mesures propres à donner aux pays acheteurs les garanties sanitaires voulues, d'autre part, en exerçant une surveillance active sur les animaux importés dans l'île, de façon à préserver Madagascar des épizooties qui sévissaient dans les colonies voisines.

En outre, les chefs des dix circonscriptions vétérinaires entre lesquelles l'île fut partagée, devaient se renseigner sur les procédés locaux d'élevage, indiquer les améliorations à y apporter et se faire, à cet égards les éducateurs des indigènes et les conseillers des colons.

Quelques chiffres montreront que le cheptel> si gravement entamé pendant la période insurrectionnelle, était partout en voie de progrès. A Vohémar, d'où il avait été exporté 24 794 bœufs en 1902 et 10 072 dans le premier semestre de 1903, la population bovine n'avait pas diminué. A Farafangana, un recensement opéré en 1903 établit que les troupeaux étaient reconstitués à l'effectif qu'ils avaient avant la période des troubles. Dans la province de l'Emyme du nord, Télevage est également très prospère, et les statistiques font ressortir que le nombre des bœufs est passé de 70 125 à la fin de 1902 à 76124 au I*' juillet 1903. A l'extrême sud de l'île, des recense-

LES AUTRUCHES A TULÉAR

ments encore incomplets, maïs s'appuyant sur des données très vraisemblables, permettent d'évaluer à 200 000 têtes le cheptel de la province de Tuléar, et à 460 000 celui du cercle de Fort- Dauphin. Dans le cercle d^Analalava, sur la côte nord-ouest, on recense 120 000 bœufs; Thinterland de cette riche circonscription côtière possède d'immenses et excellents pâturages qui pourraient en nourrir 500000. Enfin, l'ensemble des renseignements fournis par les provinces montre que le croît annuel varie, suivant les régions, entre 20 et 35 pour cent.

La période d'activité du commerce d'exportation des bœufs fut marquée par un fait, secondaire en apparence, mais qui mérite d'être rappelé en raison de ses conséquences commerciales possibles. L'un des principaux acheteurs de bœufs malgaches pour l'Afrique du sud, M. Lewison, négociant anglais, fit don à la colonie de 5 couples d'autruches du Cap, dont 3 arrivèrent à destination et en bonne forme, au mois de mai 1903. Ils furent parqués aux environs de Tuléar dans un vaste terrain, ispécialement choisi et aménagé. Le présent était d'importance si l'on considère qu'au Cap un couple de reproducteurs atteint sou^ vent le prix de 20 000 francs et que le droit de sortie est de 2 500 francs par oiseau et de 100 francs par œuf.

Au moment où j'ai quitté la colonie, en mai 1905, les cou-t vées avaient porté le nombre des sujets de 6 à 15. On ne pou-« vait souhaiter mieux ; d'ailleurs, les recherches paléontologiques ayant établi qu'à une époque relativement rapprochée, le sud de Madagascar a été peuplé d'aepyornis, autruches gigantesques d'une taille de 4 à 5 mètres, il estpemus de concevoir les meil-» leures espérances sur l'avenir de cet essai d'acclimatement.

Une enquête sur la colonisation militaire, faite au commencement de 1903, fit ressortir qu'il existait dans l'île, à cette époque, 56 soldats colons dont une vingtaine, établis depuis plusieurs années, connaissant à fond la langue du pays et parfaitement acclimatés, étaient parvenus à surmonter les difficultés du début et à se faire une situation. Ce résultat répondait aux vues qui

avaient inspiré Pinstitution. Nos troupiers coloniaux n'étant pas d'ordinaire des capitalistes, je ne pouvais espérer que, même entourés de sollicitude, ils feraient en quelques années surgir du sol de vastes exploitations leur procurant de gros bénéfices. Mon but, plus modeste, avait été de jalonner Tîle — et surtout les régions centrales — d'ouvriers de la première heure, laborieux, sobres et endurants, capables d'affirmer le tempérament colonisateur de notre race, de fortifier l'influence française et, en même temps, aptes à se procurer, par la mise en valeur du pays, une existence relativement facile et aisée. Les colons militaires qui ont agi avec méthode et discernement, évitant de faire trop grand et se contentant de résultats progressifs, ont, en général, réussi à mener à bien leurs entreprises. Si l'on considère que la plupart d'entre eux auraient eu à lutter pour la vie en rentrant en France, on peut dire qu'en se fixant à Madagascar, ils ont certainement gagné au change. Or, c'était là le principal, sinon l'unique objectif que je m'étais proposé.

A la fin de md, une exposition chevaline et, simultanément, une exposition des industries de la femme malgache, furent organisées à Tananarive.

Je confiai l'exécution de la première partie du progranmie à M. le vétérinaire Rey qui, plusieurs années durant, m'a fourni, comme chef de service, le concours le plus précieux. Je puis dire que sa compétence exceptionnelle, due à son séjour prolongé dans la colonie et aux nombreuses études qu'il a faites dans toutes les parties de l'île, a mis au point les principales questions intéressant l'élevage à Madagascar et résolu, en particulier, le difficile problème de la création d'ime race chevaline appropriée au pays.

D'autre part^ la Société d^encouragement à Vélevage du cheval à Madagascar y qui s'était formée tout récemment à Tananarive, donna, à l'occasion de l'exposition hippique, sa première réunion de courses. Ces fêtes sportives qui devinrent, par la suite, périodiques et dont la Société d^ encouragement et

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