‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 18 sur 179 · TANANARIVE · texte numérisé non relu

TANANARIVE

A 15 kilomètres de Manjakandriana, nous arrivons à Maharidaza, autrefois gros village, que nous trouvons aussi désert, et en partie détruit. Depuis notre départ d'Ankeramadinika, plusieurs partis de Fahavalos suivent les crêtes à quelques centaines de mètres de la route, et observent nos mouvements. Nous ne sommes pas inquiétés, mais cette immunité est due à la forte escorte qui nous accompagne et détache de petits groupes de tirailleurs pour éclairer notre route en avant et sur les flancs. Après avoir déjeuné à Soàvina, nous sommes vers une heure à Ambohimalaza (en malgache « village célèbre ») qui formait peu auparavant une très importante agglomération de plusieurs villages, répartis en amphithéâtre autour d'une vaste cuvette très arrosée, riche en produits agricoles de toute nature. La population y était presque entièrement composée de noblesse hova. Elle a beaucoup diminué depuis l'insurrection, et aurait probablement complètement disparu si le poste militaire n'avait réussi à en arrêter l'exode.

Des hauteurs d' Ambohimalaza, nous découvrons nettement Tananarive, dont la haute silhouette, dominant une plaine immense, a tout à fait grand air, avec ses palais, ses églises, ses temples et ses maisons en briques rouges accrochées aux flancs des rochers. Les officiers de l'état-major qui sont venus à ma rencontre m'indiquent les principaux monuments : le palais de la reine, dont la masse imposante se dresse majestueuse au point culminant de la ville; un peu plus bas, le palais du premier ministre; puis au nord, les lignes sévères du temple anglican; enfin, le quartier de Faravohitra, alors domaine privilégié de la colonie anglaise dont les belles demeures disparaissent à moitié dans d'épais massifs de verdure et de fleurs.

Vers trois heures et demie, nous franchissons le seuil du quartier général. En descendant de filanzane, je serre avec joie la main du général Voyron, qui me fait l'accueil le plus affectueux. C'est mon ancien chef au Soudan et au Tonkin, et j'ai toujours conservé avec lui des relations à la fois cordiales et

respectueuses. Pendant la campagne de 1895 et ensuite durant son séjour d'une année à Tananarive, il avait pu, avec sa grande expérience, juger de bien des choses, connaître les difficultés résultant de la topographie accidentée du pays et du climat, se rendre compte du caractère et de l'état d'esprit des populations malgaches, enfin apprécier la situation politique telle que l'avaient créée les intrigues nouées contre l'autorité française. Sur tous ces points, il en avait long à me dire et il me tardait de le rencontrer pour m 'initier à la lourde tâche que j'allais assumer. J'employai à cela les quelques jours qui le séparaient de son départ et pendant lesquels je trouvai chez lui la plus large hospitalité.

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