VII
INTRODUCTION
Remercions-le, et avec lui tous ceux qui ont agi, travaillé, souffert sous ses ordres, dans le même esprit et avec le même cœur!
Le livre du général Gallieni est à la fois un Journal, un inventaire, un bilan et un programme. Le maître des origines regarde, suppute, agit et prévoit.
Ce qu'était Madagascar quand l' autorité de la France s'y implanta, on le verra là. Dans l'ensemble, une forêt profonde, impénétrable, où des tribus hostiles vivaient en un isolement farouche ; au centre, un plateau cultivé, habité par deux peuples, les Hovas et les Betsiléos, que soulève un demi-éveil de la civilisation, mais en proie aux exactions de la Cour et des grands. Sur la côte, quelques ports, des rades de fortune par où filtre un commerce rare et où s'accrochent les premières racines d'une précaire colonisation.
De Majunga à Tananarive, une route semée des carcasses de nos voitures Lefèvre, bossuée parles tombes de nos soldats. De Tamatave à la capitale, un sentier de filanianes, avec des dénivellations subites de 600 mètres et plus : fondrières et coupe-gorges. Brochant sur le tout, les incursions des pirates, des rebelles, des '" Fahavalos " fomentées par l'anarchie invétérée, les misères de la guerre et les intrigues de la Cour.
Ce tableau, ce n 'est pas seulement qu 'on le devine à travers le récit du général, on le voit et, si j'ose dire, on
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INTRODUCTION
le touche. Car ce chef est un grand voyageur devant l'Éternel. Toujours par chemin, soit en filan^ane (puisque c'est le mode usité), soit en bateau, soit à cheval, en voiture, en automobile. La route le suit et naît sous ses pas. En circulant, il crée la circulation. De la première nécessité qu'il constate vient le premier progrès qu'il réalise. Et le livre voyage avec l'auteur. Il est partout à la fois, sur les plateaux, dans la forêt, dans la brousse, sur la mer, sur les fleuves, sur les sommets, dans les airs peutêtre, car je crois bien qu'il n'a pas manqué à ce tourisme perpétuel et fécond, même le voyage en ballon!
C'est donc un itinéraire d'abord, et par suite un inventaire. Mais c'est aussi un bilan; le bilan des œuvres accomplies et des résidtats obtenus, pendant les neuf années où le général Gallieni donna ses soins à ce vaste domaine. Les faits parlent. Quelle louange plus éloquente?
La souveraineté française acceptée, l' insurrection, permanente au début, peu à peu étouffée, la " tache d'huile " de la paix gagnant, d'abord l'Émyrue, puis les territoires indépendants jusque dans le fond de ces provinces du sud oii le colonel Lyautey donna sa mesure; les cercles militaires organisés par une nécessité primordiale, cédant la place à l' administration civile; l'extension progressive de la collaboration indigène; la justice fondée; des Chambres consultatives instituées; en un mot, un heureux mariage de toutes les forces métropolitaines ou autochtones, civiles ou militaires, organiques ou indé-