‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 45 sur 179 · LE PAYS DES ROSES · texte numérisé non relu

LE PAYS DES ROSES

d'Antanifotsy, au centre d'une région fertile, que la population, après s'être fourvoyée pendant quelques mois dans l'insurrection, a recommencé à mettre en valeur.

Après avoir fait étape le lendemain par i 700 mètres d'altitude et sous une bise glaciale au petit poste de Ranomainty, nous traversons le 17, vers 8 heures du matin, Ambodifiakarana, beau village bâti dans un site des plus pittoresques, au centre d'un cirque où s'étagent en gradins de magnifiques rizières, puis, Alarobia-Sandrandahy, gros bourg très commerçant, 011 des réjouissances sont organisées par la population. C'est le programme habituel des fêtes de ce genre, auquel s'ajoute la danse des sagaies^ numéro de chrorégraphie tanala encore inédit pour nous.

Au delà, nous continuons sur Ambositra. Le pays est monotone et de maigre végétation, sauf dans les fonds où l'on côtoie çàetlà des rizières et quelques champs de manioc.

La campagne est parsemée de pierres levées, dont quelquesunes sculptées, rappellent des événements de l'histoire du pays. Bientôt on distingue au loin un bouquet de bois, d'où émergent un clocher et des toits rouges : c'est Ambositra, petite ville coquette et salubre, construite sur une éminence, dont les cases à étage disparaissent au milieu des arbres. Ambositra est le pays des roses; elles fleurissent à profusion les haies, les jardins et, lorsque nous approchons, cette décoration naturelle nous apparaît agréablement mariée avec les guirlandes de verdure qui pavoisent les rues, les drapeaux et oriflammes tricolores qui flottent sur toutes les demeures.

Vers dix heures, nous sommes à l'entrée de la ville où sont rassemblés près de 30000 indigènes, accourus de toute la région environnante.

Un kabary à la population, la visite des écoles, la réception des colons, et, dans la soirée, des illuminations et des réjouissances publiques forment le programme de la journée.

Le lendemain, 19, nous partons à la pointe du jour; comme

la veille, une foule d'indigènes nous fait cortège ; pour beaucoup d'entre eux, cette promenade matinale, avec accompagnement de musique et de danses, ne fait que prolonger la fête qui a duré toute la nuit.

En sortant de la ville, qui est à l'altitude de 1 300 mètres, la route s'élève peu à peu jusqu'à i 500; le pays, dont l'aspect rappelle celui de l'Emyrne, offre une succession de croupes, sans grande végétation, entre lesquelles s'étalent de temps à autre, de belles rizières parfaitement irriguées. Le seul village un peu important qu'on rencontre dans la matinée est Ivato, à une vingtaine de kilomètres d'Ambositra, où nous faisons la halte du déjeuner; au delà la route monte encore et traverse une forêt assez bien fournie en essences propres aux travaux de construction et d'ébénisterie.

A peine venions-nous d'en sortir, qu'un filanzane s'avance vers nous à grande allure. Je reconnais le docteur Besson, résident à Fianarantsoa, qui vient à ma rencontre. C'est un des vétérans de Madagascar, qui dès avant la conquête, a rendu les plus grands services à la cause française dans la grande île. Depuis mon arrivée, j'avais eu avec lui une correspondance très active et je savais par ailleurs que son long séjour dans le pays et sa bienveillance envers les indigènes lui avaient valu une influence et une popularité méritées. C'est ainsi que depuis un an, il avait déjoué les menées des agitateurs hovas et empêché les Betsiléos de verser dans l'insurrection.

Vers 4 .heures de l'après-midi, nous atteignons Fiadanana, gîte d'étape passable, d'où nous repartons le lendemain à l'aube. A II heures nous sommes à Ambohimahasoa, l'un des gros centres de culture et de commerce du Betsiléo, où m'attendent plus de 20000 indigènes, venus de tous les alentours. Bien que le temps nous soit mesuré, je ne puis me dispenser de leur faire le kabary auquel ils s'attendent et qui est au fond l'une des nécessités de mon voyage, puisqu'il s'agit de mettre les populations au courant du nouvel état de choses et de leur

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