‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 101 sur 198 · LES SALONS DE VIENNE · texte numérisé non relu

LES SALONS DE VIENNE

perdu non seulement une bonne amie, mais une seconde mère. »

Je fréquentais aussi beaucoup les salons de la princesse Louise Schoenbourg, de la princesse Lori Schwarzenberg, de la princesse Toni Khevenhuller; de la comtesse Gabrielle Dietrichstein, entourée de ses filles; de la délicieuse comtesse Glotilde Clam, la comtesse Herberstein et l'espiègle comtesse Aline, encore à marier; enfin, tous ces centres élégants où l'on rencontre la société de Vienne et beaucoup de provinciaux, de haut bord, amenés par le mariage de l'Empereur. L élément militaire : le maréchal Windischgra?tz, Jellachich, Schlick, François Liechtenstein, les paladins du père Radetzkv, Clam Gallas, d'Aspre, Wimpffen, les fils de famille, qui avaient laissé plus d'un des leurs sur les champs de bataille de Lombardie, est fort en évidence.

Dans ce qu'on appelle ici la seconde société, celle de la haute finance, fréquentée par beaucoup déjeunes gens, mais peu de dames du grand monde, la baronne Pereira, née Diller, une des femmes les plus distinguées par son élégance et par le charme de ses manières que j'aie jamais rencontrées, avait disparu. Mme Eskeles, née Brentano, y tient maintenant le sceptre. J'ai diné chez elle avec Louis Karolyi, avec le vieux Heckeeren, le général Wimpffen; avec le, jadis, beau Monténégro ; avec le poète Zedlitz, absolument les mêmes convives d'autrefois, c'est-à-dire de vingt ans en arrière.

En fait de diplomates, c'est Bourqueney et Meyendorff, les deux antagonistes, qui sont le plus en vue; Westmoreland, peu enclin de sa nature à jouer un rôle, l'est moins; les autres pas du tout, l'attention du public

étant absorbée par la grosse partie qui se joue entre la Russie et les puissances occidentales. Parmi les diplomates de second ordre, j'ai revu avec un vif plaisir le baron Stockhausen et mon vieil ami, le baron Drachenfels, qui m'a connu au début de ma vie officielle et, dans les moments de découragement, m'a souvent réconforté en ouvrant au jeune attaché la perspective dune grande carrière.

J'ai visité plusieurs fois, dans le parloir du monastère des salésiennes, édifice splendide et vraiment impérial, bâti (1712) par l'impératrice Augusta (?), veuve de Léopold Ier, ma belle-sœur Emma de Pilât, en religion sœur Louise-Xavier. Ayant pris le voile en 1829, dans tout l'éclat de sa beauté, au moment où elle devait faire un brillant mariage, elle est devenue dès les premières années, et elle est encore aujourd'hui, l'âme de cet établissement religieux, où un grand nombre de filles des premières familles de la monarchie reçoivent leur éducation. Fort instruite, pleine de bon sens, spirituelle, caustique, autant qu'il est permis à une sainte de l'être; s'exprimant avec une vivacité et une netteté admirables et connaissant parfaitement, malgré son existence claustrale, la Cour et la société; ascète et grande dame à la fois, la sœur Louise-Xavier, dans nos causeries intimes, s'appliquait à me faire comprendre la vanitas vanùaium, et à soulever le voile, toujours épaississant, qui obscurcit l'horizon des mondains plongés dans le tourbillon des plaisirs ou des affaires (1).

(1) Morte en 1879 dans ce même couvent, en odeur de sainteté;

assistée dans ses derniers moments par la pieuse durhcsse de Modène.

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