‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 105 sur 198 · ENTRETIEN AVEC L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

ENTRETIEN AVEC L'EMPEREUR

à laquelle assistaient Buol, Hess et le ministre des finances. En levant la séance, l'Empereur disait : « La question politique est résolue; reste l'exécution militaire. »

Tout bien considéré, grâce au sentiment du devoir qui anime l'Empereur, grâce à son vif désir de découvrir où est la vérité, nous avons, dans ces derniers jours, fait du chemin dans la bonne direction, et j'espère, j'aime à espérer que nous y persévérerons. Toute la question est là.

Lundi 15. — Revenu ce soir à Paris; j'apprends la mort de la charmante comtesse de Pralormo, décédée à Rome après une courte maladie.

Vendredi 19. — Aujourd'hui est mort à Palenze, à l'âge de quatre-vingt-six ans, l'illustre auteur de la Restauration des sciences politiques, Karl-Ludwig von Haller.

Dimanche 21. — A l'audience de l'empereur Napoléon. Il pense que la guerre avec la Russie se généralisera et finira par une coalition de l'Europe contre cette puissance. Si elle pousse les choses à l'extrême, il sera nécessaire de rétablir le grand-duché de Varsovie en assurant à l'Autriche et à la Prusse la possession de leurs provinces polonaises, etc.. Ces projets de remaniement de la carte d'Europe, que je rencontre souvenf au fond de l'esprit de l'empereur Napoléon III, ne peuvent guère plaire à Vienne, à Berlin, à Londres, ce que j'ai soin de ne pas lui laisser ignorer.

Mardi 23. — Aujourd'hui a été signé à Vienne un protocole reliant la convention anglo-française au traité austro-prussien et au protocole du dimanche des Rameaux, 9 avril. — A Vienne, la bombe a éclaté. La Gazette officielle de Vienne publie une lettre autographe de l'Empereur au baron Bach, ministre de l'intérieur, ordonnant le recrutement de 95,000 hommes et l'occupation militaire des frontières nord-est et sud-est de la monarchie.

Jeudi 25. — A Saint-Gloud, dîner de soixante couverts servi dans la grande galerie. Assis à côté de l'Impératrice. Elle appelait mon attention sur une légende espagnole : Todos me miran y yo miro a uno, et se mit à l'interpréter avec la vivacité, l'entrain et le sans-gène qui font le charme des femmes espagnoles. Elle était redevenue Mlle de Montijo. En général, elle a le tact et le bon goût de ne jamais poser en Impératrice avec les personnes qu'elle a intimement connues avant de monter sur un trône ou, comme elle a l'habitude de dire, du temps où elle vivait dans le monde. Je lui rappelai que dans cette môme galerie, il y ajuste un an, j'ai eu avec son mari une conversation que je n'oublierai jamais. C'était la scène qu'il me fit en apprenant le mariage de l'archiduchesse Marie avec le duc de Brabant. « Oui, s'écria-t-elle, c'est ici que l'Empereur vous a dit : « Si vous épousez la Belgique, j'épouserai «la Suisse (alors foyer d'émigrés et d'émissaires révolu- « tionnaires) » , et s'adressant à son voisin de gauche, l'Empereur, elle lui rappelait ce mot. Évidemment, ce n'était pas du goût de l'empereur Napoléon. Il avait

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