‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 109 sur 198 · HÉSITATIONS DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DE LA PRUSSE

vouloir réoccuper les positions déjà abandonnées ; parce que. dans l'entre-temps, la réponse russe est arrivée; enfin, parce qu'on ne veut pas donner à la Prusse un prétexte de se dégager du traité du 20 avril. Comment la réponse russe sera-t-elle jugée à Vienne? Il y a des symptômes qui font espérer que nous ne nous laisserons pas ébranler. Je suis moins sûr de notre conduite vis-à-vis de la Prusse.

J'ai écrit hier à Vienne (1) : « Ici la grande préoccupation est la Prusse. On craint que ses hésitations ne mus arrêtent. Pour ma part, je suis convaincu qu'il l'en sera rien. Quand il y a trois puissances d'un côté et une seule de l'autre, la Prusse ne fait plus la majorité. Elle cesse alors d être grande puissance. C'est, en effet, son cas aujourd'hui... Je crois de plus en plus qu'il faudrait tâcher de lier la France et l'Angleterre à nous (avec ou sans la Prusse qui, de toute manière, nous suivrait bientôt moyennant un traité, par lequel les puissances s'engageraient à consacrer tous leurs movens d action au but commun, dont le minimum se trouve défini par les quatre points sur lesquels nous sommes si heureusement tombés d'accord avec la France et l'Angleterre. Peut-on sérieusement croire que la Russie recule sincèrement? Peut-elle accorder ces quatre points sans faire la guerre? Pouvons-nous lui demander moins sans nous compromettre devant l'Europe et sans nous brouiller avec les puissances maritimes? Qu'ensuit-il, si ce n'est la guerre avec la Russie? Cela étant, il est indispensable, si je ne me

(i) Lettre particulière au comte de Buol, du 9 juillet.

trompe, d'obtenir qu'elles (la France et l'Angleterre) s'engagent avec tous leurs moyens et toutes leurs ressources; car, autrement, elles pourraient concourir seulement avec une partie de leurs forces, tandis que l'Autriche, vu sa situation géographique, n'est pas maitresse de définir d'avance la somme des efforts qu'elle devra faire dans une guerre avec la Russie... Ce qu'on craint beaucoup ici, c'est de nous voir prendre en Valachie le rôle d'une puissance médiatrice qui s'interpose entre les belligérants. Il serait désirable d'éviter, dans les proclamations de nos généraux qui entreront dans les Principautés, tout ce qui pourrait donner lieu à de pareilles interprétations. Le meilleur parti serait de se référer en toutes occasions au traité de Gonstantinople du 14 juin. »

Mardi 11. — L'Empereur est parti pour Calais. Il y assistera à l'embarquement de 10,000 Français que des bâtiments anglais transporteront dans la Baltique. C'est sans exemple dans l'histoire des deux pays.

Jeudi 13. — La diplomate prussienne fait de nouvelles chicanes qui, à Vienne donnent lieu à de nouvelles hésitations. Comment ne pas se décourager?

Vendredi 14. — Les nouvelles incertitudes à Vienne sont pour moi un chagrin de cœur. — Dix-huit mille Anglo-Français ont rejoint l'armée turque près de Roustchouk sur le Danube, et nos deux cent mille hommes restent inactifs sur nos frontières et laissent à d'autres le soin de livrer nos batailles. A ce sujet Drouyn de

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