LA NOTE DU MARECHAL VAILLANT
Ithuys s'est exprimé avec une certaine amertume. Que pouvais-je lui répondre?
Samedi 15. — J'écris à mon ministre (1) : « Que la France soit bien sincèrement décidée à faire la guerre à la Russie, c'est ce qu'on ne peut plus raisonnablement révoquer en doute. Quelle veuille aussi sincèrement coopérer avec nous, c'est ce que prouve la note du maréchal Vaillant. Elle est fort curieuse, cette note. Ce maréchal est un brave homme qui inspire et mérite d'inspirer de la confiance. Le grand embarras pour nous est toujours la Prusse. Je me suis déjà permis de vous dire mon opinion là-dessus. Moins nous compterons avec elle, plus elle comptera avec nous. »
Mardi 18. — Nous voilà enfin arrivés à une entente avec les puissances occidentales sur les garanties à demander à la Russie. Il s'agit maintenant de la formuler officiellement. Néanmoins, c'est un grand progrès dans la bonne direction. Ces garanties sont : 1° l'Europe l'Autriche) se charge du protectorat politique dans les Principautés danubiennes ; 2° tous les sujets chrétiens de la Porte seront placés sous la protection commune des cinq grandes puissances; 3° les bouches du Danube placées sous la surveillance de 1 Europe ; 4° revision du traité de 1841 concernant les détroits, en sorte que la Russie cesse d être la maîtresse de la mer Noire. Nul doute que la Prusse ne proteste contre ces stipulations. J espère que nous passerons outre.
(i) Lettre particulière du comte de Buo , du 15 juillet.
Mercredi 19. — Tous ces jours-ci, des entrevues avec Drouyn de Lhuys. — A Vienne, on commence à comprendre qu'au lieu de nous laisser arrêter par les scrupules du cabinet de Berlin il nous faudra le prendre à la remorque. Si l'Autriche, la France et l'Angleterre arrivent à une entente, la Prusse accédera. Elle ne comporte pas l'isolement. — En Espagne la révolte militaire triomphe. A Madrid, des émeutes avant-hier et hier. Espartero à Saragosse. Le ministère renversé.
Vendredi 21. — Le pauvre Woronzoff-Dachkoff est mort le 10, du choléra, à Saint-Pétersbourg. — Bourqueney mande que Buola fait appeler lui etWestmorcland pour constater l'absence de la Prusse du concert européen. Son langage net et précis fait penser à l'ambassadeur de France que l'empereur François-Joseph est résolu à la guerre avec la Russie. (Ce bon Bourqueney est toujours un peu optimiste.)
Samedi 22. — Mes rapports d'aujourd'hui, expédiés par courrier, contiennent un exposé général de la situation du moment et recommandent la conclusion d'une triple alliance avec les puissances occidentales, abandonnant à la Prusse d'y accéder plus tard,
Lundi 24. — Des dépêches et une lettre particulière de Buol, reçues ce matin par courrier, très peu conformes aux appréciations de Bourqueney, peignent en couleurs vives les dispositions qui prédominent chez nous en haut lieu. On s'y flatte toujours de l'espoir