‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 112 sur 198 · LE CHOLERA A PARIS · texte numérisé non relu

LE CHOLERA A PARIS

ces pièces auront été signées, et sans l'engager à y accéder. Lorsqu'elle se plaindra de ce procédé, répondre fort poliment qu'il nous était imposé par sa retraite de la conférence : ajouter que sur sa demande elle serait de nouveau admise à la conférence pour y déclarer son adhésion au triple traité ; lui faire observer que ce triple traité était en partie analogue et en partie étranger, mais pas contraire, au but et à l'essence du traité du 20 avril. »

AOUT

Mercredi 2. — Nos projets de notes et de traité ont été acceptés à Vienne. C'est une grande nouvelle. A Londres on demande des modifications insignifiantes et inutiles. — L'armée russe fait un monvement rétrograde vers le Sereth.

Jeudi 3. — Le choléra fait des progrès à Paris et des ravages dans le Midi de la France.

Samedi 5. — Drouyn de Lhuys me prie de passer chez lui le plus tôt possible. Il me communique les derniers rapports de Bourqueney. L'empereur François- Joseph, de retour d Ischl, a accepté les notes et autorisé Buol à les échanger dès à présent. Sa Majesté approuvera également le texte du traité, mais ne veut le signer qu'après que l'empereur de Russie aurait rejeté les quatre points énumérés dans les notes et refusé l'évacuation complète et immédiate des Princi-

pautés. C'est un nouveau retard, mais un retard limité en ce sens que Valentin Esterhazy a reçu Tordre de demander au cabinet russe la réponse à notre ultimatum dans l'espace de huit jours, lequel expiré, il prendra ses passeports. Néanmoins je regrette ce refus de Sa Majesté de signer le triple traité en même temps que les notes seront échangées, parce que je crains de nouveaux incidents, qui pourraient mettre tout en question. Ces hésitations, je les attribue à l'impression mauvaise que les dernières dépêches de Colloredo (du 28 juillet) ont produites à Vienne. J'en avais le pressentiment en les lisant à leur passage par Paris (l) . Le comte Colloredo est un adversaire décidé de la Russie, en autant qu'il lui soit possible d'être décidé. Aussi longtemps que la Cour de Vienne penchait vers la Russie, il travaillait, pasénergiquement il est vrai, dans un sens antirusse. Mais lorsque notre gouvernement faisait mine de rompre avec la Russie, il changea de langage. Dans tous ses rapports, et plus encore dans sa correspondance particulière avec Buol, il faisait ressortir les dangers d'une guerre avec la Russie, nous mettait en garde contre l'alliance anglo-française ; tâchait, en un mot, d'inspirer de l'irrésolution alors qu'il était déjà trop tard de reculer. Tout le long de ses dépêches je lisais, entre les lignes, la peur qu'il a de se rendre en partie responsable de la guerre avec la Russie. Si on l'écoute, ce sera à lui que nous devrons d'échouer en entrant dans le port.

(1) Les dépêches de l'ambassadeur de Londres sont toujours expédiées sous cachet volant pour que le chef de l'ambassade de Paris puisse en prendre connaissance.

Page 1