‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 114 sur 198 · CHEZ MONSIEUR TH1ERS · texte numérisé non relu

CHEZ MONSIEUR TH1ERS

et d'un martyr. Mors conspicua. Il succomba le 29 septembre, à bord d'un vaisseau qui devait le transportera Sébastopol. Ganrobert a pris le commandement.

Lundi 9. — Une dépèche du comte de Buol à notre ministre à Berlin du 30 septembre, livrée à la publicité, fait beaucoup de bruit en Europe. Elle dit, dans un langage digne et passablement clair, que l'Autriche poursuivra son chemin à 1 égard de la Russie, quand bien même elle serait privée du concours de la Prusse et de l'Allemagne.

Mardi 10. — Drouyn de Lhuys baisse de ton et devient tous les jours moins difficile à l'endroit de la conclusion du triple traité. Le thème que je développe dans mon courrier d'aujourd'hui est la nécessité : 1° d'une ferme résolution d aller de l'avant sans la Prusse et l'Allemagne ; 2° de conclure une alliance étroite avec les puissances occidentales ; 3° de concerter avec eux la partie militaire de la question. — Le soir, chez Thiers. Je le trouve, comme toujours, plongé au coin du feu dans un profond sommeil : mais lorsqu'il se réveille vers minuit, il est frais, gai, fringant et parle d'une manière fort intéressante des campagnes du premier Empire. « On dirait que tout cela est vrai » , comme disait le maréchal Soult après avoir lu sa description de la bataille de Toulouse.

Mercredi 11. — Reçu un courrier de Londres. L'empereur jSapnléon recommande chaleureusement au cabinet anglais l'acceptation de nos propositions con-

cernant la conclusion d'un triple traité et la reprise des conférences. Il a écrit une lettre particulière à Walewski pour aiguillonner le zèle de cet ambassadeur, naturellement indolent, quand il ne s'agit pas de ses intérêts personnels.

Ayant rencontré Fould, je l'attaquai sur l'indiscrétion du Moniteur, qui a publié une dépêche télégraphique expédiée in claris, par laquelle le comte de Buol me chargeait de féliciter l'empereur Napoléon au nom de mon Empereur, avant que j'eusse pu m'acquitter de cette commission. Le ministre d'État m'a dit que c'est son maître lui-même, qui l'a fait insérer dans la feuille officielle. «Les nouvelles de Grimée, ajouta-t-il, étaient ce jour-là mauvaises, et l'Empereur a, par ce moyen, voulu effacer la mauvaise impression produite dans le public par le démenti qu'on était obligé de donner à la fausse nouvelle de la prise de Sébastopol. » Drouyn de Lhuys s'en est plaint auprès de l'Empereur, qui a convenu que ce n'était pas un procédé délicat. Cet incident, sans importance à la vérité, est significatif. Il prouve combien l'empereur Napoléon III est constamment préoccupé des mouvements de l'opinion publique.

Vendredi 13. — La question polonaise reparaît sur l'horizon. L'Empereur m'en a parlé dernièrement pour me sonder et a communiqué notre causerie à Drouyn de Lhuys. Son ministre m'a dit qu'il aurait préféré que l'Empereur n'eût pas touché cette question avec moi. La question polonaise sera résolue dans un sens hostile à l'Autriche si cette puissance prend fait et cause pour la Russie, ce qui n'est plus à craindre, ou de con-

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