LES FUNÉRAILLES DE SAINT-ARNAUD
cert avec l'Autriche si elle prend part à la guerre contre ta Russie. Dans la première supposition, la discussion de cette question avec le représentant de l'Autriche lui semble compromettante; dans la seconde, prématurée, car dans cette dernière hypothèse l'initiative en appartiendrait évidemment aux deux puissances les plus directement intéressées, l'Autriche et la Prusse. C est Drouvn de Lhuvs qui m'a raconté cette conversation, fort curieuse, entre l'ancien révolutionnaire et son ministre, homme d État.
Le ténor Roger se retire; il va se reposer sur ses lauriers et ses rentes. Meyerbeerl'a tué avant le temps. Les Gowlev et moi, nous lavons entendu ce soir dans Lucia. C'était son chant du cygne.
Lundi 16. — Les funérailles du pauvre Saint-Arnaud ont eu lieu aujourd'hui, à 1 église des Invalides, avec une pompe extraordinaire. Les aides de camp et les autres officiers qui ont accompagné le corps ont euxmêmes 1 air de cadavres. Un deux m'a dit que les privations, les maladies, les souffrances de tout genre, dans le camp et surtout dans les tranchées, dépassaient tout ce qu'on pourrait s'imaginer. Les joues hâves, le teint blême, le regard éteint de ces messieurs confirmant le récit de mon interlocuteur, ont douloureusement impressionné la nombreuse et brillante compagnie qui entourait le catafalque du maréchal.
Vendredi 20. — Les nouvelles de Londres font augurer mal de la conclusion d'un triple traité et de la reprise des conférences de Vienne. Malgré l'appui cha-
leureux que l'empereur Napoléon, directement et dans les voies ordinaires, a donné à nos propositions, le cabinet anglais les décline positivement. Drouyn de Lhuys est triste et découragé. Je ne désespère pas. Depuis le début de la complication orientale et dans le courant des négociations, le ministère anglais, surtout l'illustre lord John Russell, a fait preuve d'un manque d'entente diplomatique vraiment étonnant et, à côté d'une grande ignorance des affaires européennes, d'une malveillance, à peine cachée, envers l'Autriche. Ce n'est pas une des moindres difficultés contre lesquelles ont à lutter ceux qui voient dans la triple alliance, c'est-à-dire dans la coalition européenne, le seul moyen d'en arriver promptement à une heureuse solution de la grande question qui tient l'Europe en suspens.
Vendredi 27. — Le 17, a commencé le bombardement de Sébastopol. Une dépêche télégraphique du prince de Menschikoff porte au chiffre de cinq cents les pertes par lui essuyées le 17, et mande la mort de l'amiral Kornileff. — Von der Pfordten, premier ministre de Bavière, s'est rendu à Berlin pour servir d'intermédiaire entre la Prusse et l'Autriche. Il propose pour tous les membres de la Confédération germanique une politique de neutralité. Les grands doivent être bien faibles, puisque les petits osent prendre le verbe haut.
Samedi 28. — Drouyn de Lhuys me donne les dernières nouvelles de la Grimée. Les flottes des alliés ont pris part au bombardement de Sébastopol (le 17). Elles ont essuyé des pertes énormes, mais obtenu de grands