‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 116 sur 198 · JOURNEE DE MEDITATION · texte numérisé non relu

JOURNEE DE MEDITATION

résultats (1) . Le prince de Metternich s est donc trompé en me disant que les vaisseaux anglo-français n'oseront jamais approcher les batteries de la forteresse.

Mardi 31 . — Passé la journée à méditer sur la situation. Il n'est pas de l'intérêt de la Russie de nous attaquer; mais elle doit viser à nous empêcher, movennant des concessions, de prendre part à la guerre et nous séparer ainsi des puissances occidentales. A moins d'être devenu tout à fait inaccessible aux dictées de la raison, elle nous offrira donc des concessions dont le maximum sera : 1° l'acceptation des quatre points de notre sommation du 8 août; 2° la promesse de ne plus passer le Pruth pendant la guerre; 3" la retraite de ses troupes accumulées en Pologne.

Nous ne pourrions accepter ces offres, parce que nous ne pouvons, sans 1 assentiment de la Porte, que celle-ci ne donnera pas, évacuer les Principautés et, sans cette évacuation préalable, nous ne pouvons risquer de réduire notre armée de Gallicie. Or, l'entretien de cette armée pendant un espace de temps indéfini est chose impossible. La charge est trop lourde. Nos moyens ne le permettent pas. Ces concessions, si la Ilussie les offrait, ne seraient donc d'aucune valeur pratique, à moins d'être accompagnées de certaines garanties, et je n'en vois pas d'autre admissible que la

(1) 1889. Erreur! Ces efforts téméraires ont seulement constaté l'impossibilité de prendre des forts avec des vaisseaux. Le prince de Metternich s'est seulement trompé en crovant les deux commandants en chef plus prudents et plus expérimentés qu'ils n'étaient.

conclusion préalable soit de la paix, soit, du moins, de préliminaires de paix, entre les puissances belligérantes. h Ce que je crains, écris-je au comte Buol (1), vous l'avouerai-je, c'est que nous ne donnions dans un piège que nous tendra la Russie, à moins d'être complètement aveuglée sur la situation terrible où elle se trouve. Pour elle, l'essentiel doit être d'éviter la guerre avec nous à tout prix. Donner des assurances positives que son armée ne repassera pas le Pruth, éloigner ses troupes de nos frontières de Gallicie, suspendre la marche de celles qui s'en rapprochent; accepter même en principe les quatre points, sauf à n'en rien faire après coup, voilà la seule politique raisonnable à suivre par le cabinet de Saint-Pétersbourg; et, soyez sûr, c'est cette politique que le parti Nesselrode recommande et que l'on suivra, à moins que les u moscovites zélés » ne dominent complètement la situation. Eh bien, si nous donnions dans ce panneau, ce serait la conflagration générale et la rupture immanquable avec les puissances occidentales, u

NOVEMBRE

Dimanche 5. — La situation du moment peut se résumer ainsi. D'un côté la France et l'Angleterre, de l'autre Berlin et Bamberg travaillent à arracher son dernier mot à l'Autriche. Elle ne le dit pas; peut-être parce qu'elle ne veut pas entrer en guerre dans cette

(1) Lettre particulière, du 29 octobre.

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