‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 117 sur 198 · LES NOUVELLES DE CRIMÉE · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES DE CRIMÉE

saison. Mais ses intérêts sont si clairs, si palpables, que personne ne saurait douter de l'issue de la crise.

Lundi 6. — Drouyn de Lhuys a envoyé aujourd'hui, à Vienne, un contre-projet de traité de triple alliance élaboré par lui et accepté par le cabinet anglais. Il est conforme à celui rédigé à Vienne et communiqué ici dans le commencement d'octobre; mais un article du travail de Drouyn de Lhuys dit : « Si la paix n'est pas faite en avril, les trois puissances conviendront des movens efficaces d'atteindre le but de l'alliance. »

Vu, au Gymnase, mais pas jusqu'à la fin — cela meut été impossible — une pièce de George Sand, Flaminia. Une grande dame anglaise éprise de son valet de pied. De pareils sujets plaisaient il y a trente ans. Aujourd'hui on les trouve grotesques.

Mardi 7. — Les nouvelles de Grimée sont peu satisfaisantes. Les Anglais autant que les Français admettent la supériorité numérique de l'artillerie russe.

Mercredi 8. — A Sébastopol, des lenteurs qui impatientent et inquiètent l'Empereur; à Vienne, de nouvelles hésitations. Cela se conçoit. Ici, dans le public, de la consternation.

Vendredi 10. — Journée solitairement passée vis-àvis de moi-même. J'ai tâché de lire ; mais, par le temps qui court, les chefs-d'œuvre d'un Tacite, d'un Gibbon, les plus belles fictions du poète pâlissent devant les soucis et émotions du jour présent.

Samedi 11. — Hatzfeld vient me communiquer la réponse prussienne à notre dépêche du 23 octobre : l'Autriche pourra compter sur le secours de la Prusse dans le cas même où elle sera attaquée dans les Principautés, mais à la condition qu'elle s'engagea ne jamais demander à la Russie plus que les quatre points. C'est l'idée de Von der Pfordten. Quel effet produira cette démarche à Vienne? Donnera-t-on dans le piège?

Dimanche 12. — Cette pièce prussienne m'a causé une nuit blanche. Aujourd'hui, M. Thouvenel me dit que von der Pfordten a fait à Vienne un fiasco complet. Dans cette terrible complication orientale, les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Lundi 13. — Grandes nouvelles de Sébastopol. Le 5, l'armée russe attaque les lignes anglaises et est refoulée. Une sortie de la garnison, en face des positions françaises, a le même sort. Les pertes russes sont calculées à dix mille hommes. — Drouyn me dit que Buol se déclare prêt à accepter son projet de traité avec de légères modifications.

Mardi 14. — Aujourd'hui, nous avons enterré le comte de Saint-Aulaire. Je l'avais connu à Rome ambassadeur auprès de Grégoire XVI, et quelques années après à Vienne, plus tard à Londres et à Paris. Il était le premier ambassadeur qui vînt représenter auprès de l'empereur Ferdinand la nouvelle royauté de Juillet, alors peu goûtée à la Cour et dans la haute société de Vienne. Aussi la tâche du diplomate français n'était-elle

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