‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 119 sur 198 · LORD PALMERSTON A PARIS · texte numérisé non relu

LORD PALMERSTON A PARIS

Berlin, de la promesse que l'Empereur a faite d'accepter les quatre points, n'éveille les méfiances du ministère anglais à notre égard. Il fera tout ce qu'il pourra pour les combattre.

Dimanche 19. — La lettre de mon Empereur que j'ai remise à l'empereur Napoléon a, à ce qu'on me dit, produit un excellent effet. Mais enfin, c'est la crise; c'est l'alliance ou la rupture.

Lundi 20. — Lord Palmerston est venu à Paris et aura ce soir, à Saint-Gloud, sa seconde entrevue avec l'Empereur. Drouyn de Lhuys y assistera.

Mardi 21 . — Dans la nuit, on me réveille pour me remettre une dépêche télégraphique de Buol que je déchiffre moi-même. Ce que j'avais prévu et prédit tant de fois est arrivé. Le 16 au soir le comte Nesselrode a déclaré au comte Valentin Ezterhazy que le cabinet russe acceptait les quatre bases, et espérait s'entendre avec l'Autriche pourvu que nous ne posions pas de nouvelles conditions. Cette démarche, heureusement, a manqué son effet à Vienne. Ce soir, au ministère des affaires étrangères, j'ai fait la connaissance de lord Palmerston. Nous avous longuement causé ensemble. « On dit, milord, que vous ne nous aimez pas? — C'est la politique de l'Autriche que je n'aime pas. » Il me parlait aussi de la Pologne et me disait en me quittant : ■ Vous voulez (à Vienne) une mauvaise paix, un replâtrage, au lieu de viser à une bonne paix. »

Mercredi 22. — Nous sommes en possession des rapports officiels anglais et français sur la bataille d'Inkermann du 5. La défaite des Russes est constatée; mais le résultat est à peu près nul. A midi, le canon des Invalides célèbre cette sanglante et stérile victoire.

Jeudi 23. — Le duc de Mouchy se meurt. — Entendu aux Italiens la diva Frezzolini,qui rend le dernier souffle. Au reste, l'opéra italien, ici comme chez nous, comme en Italie, est chose du passé.

Samedi 25. — On veut porter les forces anglo-françaises réunies en Grimée à 130,000 ou 150,000 hommes, c'est-à-dire au double du chiffre actuel. Presque toute l'armée du Danube russe a été transportée dans des voitures sur le théâtre de la guerre. Cette expédition si légèrement entreprise devient une campagne qui ne peut avoir pour résultat que la perte totale des Anglo-Français ou la destruction de la moitié des forces militaires de l'empire russe.

En Allemagne, au fur et à mesure que la tempête approche, augmentent les symptômes d'un grand revirement. Les manigances des gouvernements des États secondaires cessent sur toute la ligne. Plein de repentir, on rentre dans le bercail de l'Autriche.

La Prusse aussi se résigne. Les notes du 15 novembre le prouvent. J'ai donc eu raison de prêcher à Buol — il est vrai au risque d'être rappelé — depuis plus d'un an qu'une politique ferme et décidée pourrait seule donner ce résultat. Le courrier français, porteur de la réponse de Drouyn de Lhuys à notre déclaration

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