LE TRAITÉ AVEC LA PRUSSE
du 22 (concernant les conditions auxquelles nous rattachons la signature du traité d'alliance) , est parti le 22. Le même jour, un courrier anglais a quitté Londres avec la réponse du cabinet de Saint-James, analogue à celle de Drouyn de Lhuys. Le 23, par un autre courrier, 1 empereur Napoléon a répondu à la lettre de l'empereur François-Joseph. Ce sera la signature immédiate du traité, ou la rupture. Impossible de prévoir l'issue de la crise, et pourtant, chose étrange, je me sens parfaitement à mon aise. Un calme parfait a succédé en moi aux émotions des dernières années. — Aujourd'hui sont morts, le duc de Mouchydans la fleur de l'âge et Mme Salomon Rothschild sur la limite extrême de l'espace de temps accordé aux mortels.
Dimanche 26. — Aujourd'hui, à Vienne, signature d'un article additionnel à notre traité avec la Prusse du 20 avril. Cette puissance s'engage : 1° à considérer toute attaque dirigée contre nos troupes dans les Principautés comme une attaque dirigée contre le territoire autrichien; 2° à voter à la diète de Francfort pour nos propositions. Le véritable motif de cette condescendance, je crois le trouver, en dehors de la peur bleue qu'on a à Berlin, dans l'acceptation secrètement concertée entre Berlin et Saint-Pétersbourg des quatre bases par la Russie. C'est cousu de fil blanc, et le piège me semble trop grossier pour qu'on puisse s'y laisser prendre à Vienne. Cependant, je ne réponds de rien.
Lundi 27. — Grand diner chez moi : lord et ladv Cowley, maréchal Vaillant, M. Thiers, comte et com-
tesse Hatzfeld ; les ministres de Bavière, de Hesse électorale, de Bade ; M. et Mme Thouvenel, etc. Après diner, une conversation, qui se prolonge jusqu'à minuit, avec lord Palmerston. Gomme Autrichien, je ne puis l'aimer, et son physique, non pas ses manières qui sont celles du perfect gentleman, me déplaît. Il m'attire et me repousse en même temps. Son regard surtout n'inspire aucune confiance. Et, cependant, dans cet entretien il n'a pas manqué de franchise, tant s'en faut. Il m'a dit : « Nous allons maintenant signer un traité d'alliance. Ce sera un enfant mort-né (1). Si nous nous y prêtons, c'est à notre corps défendant et en cédant aux instances de l'empereur Napoléon. Par alliance, j'entends votre participation à la guerre. Eh bien, vous ne ferez jamais la guerre à la Russie, et le seul résultat de ce traité sera une tension des rapports entre vous et les puissances occidentales. »
Mardi 28. — Hier, Bourqueney a dû faire la communication des dépêches de Drouyn du 22. Cependant, la journée passe et Bourqueney se tait. Buol m'annonce un courrier par le télégraphe. Mauvais signe. Drouyn de Lhuys et Thouvenel sont dans les transes.
Mercredi 29. — L'incertitude d'hier continue pendant la journée. Enfin, le soir, au moment de me mettre à table, Drouyn de Lhuys m'envoie un petit mot : « Bourqueney a vu l'empereur François-Joseph et le comte Buol. Il considère le traité comme signé. >»
(1) C'est vrai, mais à qui la faute? F'aris, 1889.