‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 121 sur 198 · CONVENTION RELATIVE A L'ITALIE · texte numérisé non relu

CONVENTION RELATIVE A L'ITALIE

Jeudi 30. — Ce matin le courrier Leyder m'apporte des dépèches et un billet de Buol. Ce dernier, confirmant ce que Bourqueney a mandé hier à Drouyn, me charge de reprendre les pourparlers du mois de mars dernier au sujet d une convention tendant à maintenir, durant la guerre, le statu quo territorial et l'ordre public en Italie. G est un corollaire indispensable de la triple alliance, et sur ce point le ministre est venu au-devant de mes vœux.

En rentrant vers minuit, j'ai pu télégraphier à Vienne l'acceptation de la convention relative à l'Italie par l'empereur Napoléon. — Diné chez Drouyn de Lhuys, où je fais la connaissance d'une célébrité anglaise : Mrs. Norton, femme auteur, célèbre par sa beauté, dont elle a gardé des traces; par son esprit et par un procès dans lequel figurait lord Melbourne, alors premier ministre. Mais c'est de l'ancienne histoire.

DÉCEMBRE

Vendredi 1" '. — Drouyn de Lhuys me communique son projet de traité concernant 1 Italie, que je trouve parfait. Le ministre est en proie aux plus vives inquiétudes. Les retards qu'éprouve à Vienne la signature du triple traité le remplissent de noirs pressentiments. Je tâche vainement de le calmer.

Samedi 2. — Aujourd'hui, à une heure, Buol, Bourqueney et Westmoreland ont signé un « traité d al-

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liance entre l'Autriche, la France et la Grande-Bretagne » . J'avais attendu cette nouvelle pendant toute la matinée, mais le télégraphe resta muet, et ce fut, in low spirùs, que j'allai dîner chez M. Rumpf, chargé d'affaires des villes hanséa tiques, avec Thiers, Mignet, Viel-Gastel, Thouvenel, ce dernier plus noir que moi. Le dîner était gai. Thiers, fort en train et parlant, de omni re scibili, de ce ton d'autorité qui lui est familier, se mit à commenter Hérodote. Mignet s'en impatienta et fit des observations qui n'étaient pas du goût du petit grand homme. A la fin, les deux amis se fâchèrent tout de bon et il fallut lintervention collective des convives pour séparer les combattants, Mignet criant constamment : « Tu ne sais rien du tout d'Hérodote. Pour connaître Hérodote il faut savoir le grec, que je sais et que tu ne sais pas. » — En rentrant vers onze heures, le concierge me remit une dépêche télégraphique, que je déchiffrai moi-même. C'était la signature de l'alliance. Enfin !

Dimanche 3. — Hier soir, pendant que les deux inséparables Thiers et Mignet bataillaient chez M. Rumpf, aux Tuileries le dîner n'était rien moins qu'animé. Un silence morne régnait autour de la table impériale. Le maître de la maison, préoccupé et maussade, n'ouvrit pas la bouche. Mais lorsqu'en se levant de table il reçut la nouvelle si impatiemment attendue de Vienne, il perdit toute contenance, courut à l'Impératrice, l'embrassa et la tint longtemps serrée sur son cœur. — Le Moniteur de ce matin annonce brièvement la signature du traité d'alliance. Cette feuille fut payée deux et trois

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