‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 122 sur 198 · LA HAUSSE DE LA KENTE · texte numérisé non relu

LA HAUSSE DE LA KENTE

francs l'exemplaire. A la petite Bourse la rente haussa de 2,75. Dans les rues, les passants se communiquèrent cette bonne nouvelle, et lorsque je me présentai au ministère des affaires étrangères les huissiers se précipitèrent à ma rencontre pour m'exprimer leur joie.

Mercredi 6. — Reçu et expédié des courriers. Buol propose l'ouverture, à Vienne, de négociations de paix sur la base des quatre points que le prince de Gortschakoff, par sa note du 27 novembre avait déclaré être acceptés par l'empereur Nicolas. Ici, on n'y fera aucun obstacle. Mais peut-on vraiment croire à Vienne que ces négociations puissent aboutir maintenant et sans notre participation à la guerre? Gela ne serait possible que si Sébastopol était pris par les alliés un de ces jours.

Samedi 9. — Je résume l'historique des derniers dix ou douze jours, qui ont une importance historique.

Le 28 novembre, la Russie accepta les quatre points, évidemment avec l'arrière-pensée d'empêcher par là la conclusion de l'alliance entre l'Autriche et les puissances occidentales. Le 30 novembre, Buol prend acte de l'ouverture du comte de Nesselrode et ajoute qu'avant de répondre il se concertera avec les cabinets de Paris et de Londres. Dans le camp russe, on se croit sûr de l'Autriche. — Le 2 décembre, signature du traité. Immédiatement après, Buol en informe Gortschakoff. Celui-ci s'écrie : « Je suis volé » , et annonce son intention de demander ses passeports. «Demandez plutôt des pleins pouvoirs pour traiter, lui dit Buol.

28fi NEUF ANS DE SOUVENIRS

On verra si la Russie est réellement résignée à faire le sacrifice qu'on lui demande » . Le lendemain, Gortschakoff a une audience de l'empereur François-Joseph. Il dit à tout le monde qu'il en est sorti satisfait. Distinguer entre l'Empereur et le comte Buol est la tactique russe. Il serait bon de ne pas faire trop souvent appel à l'intervention directe des souverains dans les transactions diplomatiques, comme c'est devenu la mode dans les derniers temps, à Paris comme à Vienne. Cette habitude a ses inconvénients. Si le ministre ou l'ambassadeur fait un faux pas, son maître peut le désavouer. Si, dans un entretien avec un agent étranger, le chef de l'État s'est trompé, il n'a pas la ressource du désaveu. Le souverain ne peut pas se donner un démenti à lui-même, sans compromettre la couronne. — A Berlin, où Buol avait fait connaître la conclusion de l'alliance quelques jours avant la signature du traité, on était dans la consternation. « Pour l'amour de Dieu, Um Golles willen, lui télégraphia Mante uffel, ne signez pas. » Depuis on s'y est calmé et l'accession de la Prusse n'est pas tout à fait impossible. — Enfin hier, sur la proposition de l'Autriche, la diète de Francfort a voté l'adhésion de la Confédération germanique à l'article additionnel du traité du 20 avril. Par conséquent l'Allemagne est tenue à armer pour la défense.

Lundi 11. — Dîner à la Cour. L'Empereur aimable et de bonne humeur, l'Impératrice gracieuse comme toujours. Après dîner, causerie animée avec elle. Je la quitte avec l'impression que le Palais-Royal sème ici la méfiance à l'égard de l'Autriche.

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