‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 123 sur 198 · MORT DE LÉON FAUCHER · texte numérisé non relu

MORT DE LÉON FAUCHER

Jeudi 14. — En Autriche les armements sont poussés avec une extrême activité. — Léon Faucher est mort à Marseille. Ce n était pas une capacité de premier ordre ; mais c'était un homme honnête et intelligent qui valait, certainement, la plupart des autres politiciens que les jeux du hasard et de 1 intrigue ont, depuis 1848, fait paraître et disparaître dans les régions du pouvoir. Avec cela d'une vanité incommensurable. Lorsqu'il eut quitté le ministère, il chercha des distractions dans un voyage à travers les départements du Midi. Je le vis à son retour. C'était un homme brisé. « La France, me disait-il, est plongée dans le deuil; elle ne peut se faire à 1 idée d'être privée de mes lumières. C'est navrant! » Je cite textuellement.

Samedi 16. — Après quelques hésitations et de mauvaise grâce, le cabinet anglais accepte l'ouverture des négociations de paix à Vienne. Avant de les ouvrir, les trois alliés s'entendront sur une interprétation des quatre points qui sera communiquée au prince Gortschakoff. Il est à noter qu elle ne demande à la Russie aucune cession territoriale. Si le ministre de Russie ne l'accepte pas dans un bref délai fixé d'avance, les négociations seront déclarées inadmissibles.

Dimanche 17. — En Angleterre, le public est fanatique de la guerre, le parlement l'est moins, le ministère pas du tout.

Lundi 18. — J'ai présenté le vieux maréchal comte Nugent à l'Empereur, qui s'est entretenu avec nous

pendant près d'une heure, traitant surtout des matières militaires. Il a envoyé en Grimée 130,000 hommes et 20,000 chevaux ; mais grande est la différence entre ce chiffre et l'état effectif de l'armée expéditionnaire. Le grand mal est, continua-t-il, que le commandement des forces anglo-françaises ne se trouve pas concentré dans une seule main. C'était la raison pour laquelle on n'a pas pu tirer parti de la victoire de l'Aima. Lord Raglan n'était pas prêt à marcher et voulait enterrer ses morts, ce qui empêchait Saint- Arnaud d'exécuter son plan de poursuivre l'armée battue de Menschikoff, ou de la forcer d'accepter une seconde bataille. — Drouyn de Lhuys me dit que l'Empereur l'a chargé de proposer à l'empereur François-Joseph, parl'intermédiaire de Bourqueney, l'élévation des deux légations au rang d'ambassade, en maintenant les deux titulaires. C'est fort gracieux, mais j'aurais préféré qu'il ne l'eût pas fait. Le mieux est l'ennemi du bien.

Mercredi 20. — Alexandre Schœnbourg est arrivé de Vienne. Il m'apporte l'ordre de Saint-Etienne pour l'empereur des Français. Tempora mutantur.

Vendredi 22. — Avec Alexandre Schœnbourg aux Tuileries, où je remets à l'Empereur la décoration et une lettre de mon souverain. L'empereur Napoléon semblait flatté et disait à Schœnbourg qu'il était charmé de voir le neveu d'un homme d'État (le prince Félix de Schwarzenberg) pour lequel il avait une grande vénération. Cette audience était solennelle. Il y avait, en

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