‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 125 sur 198 · RÉSUMÉ DE L'ANNÉE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE L'ANNÉE

On peut dire qu'au commencement de Tannée la France et l'Angleterre se trouvaient non formellement, mais de fait, en état de guerre avec la Russie. La cause immédiate en était la destruction de la flotte turque dans le port de Sinope par l'amiral russe Nachimoff.

Le 3 janvier, les flottes anglaise et française pénétrèrent dans la mer Noire. Les cabinets de Londres et de Paris notifièrent ce fait à la Cour de Russie, en ajoutant que la présence de leurs vaisseaux dans l'Euxin avait pour but la protection des côtes et bâtiments turcs et que la navigation dans la mer Noire était désormais interdite aux forces navales de la Russie.

A la question du cabinet de Saint-Pétersbourg : si les flottes anglo-françaises, en empêchant également les mouvements des vaisseaux turcs, comptaient, sous ce rapport, traiter les deux belligérants sur un pied d'égalité, les cabinets de Paris et de Londres firent une réponse négative. Cette question avait été posée, à Paris par Kisseleff et à Londres par Brunnow. Lorsqu'ils eurent reçu la réponse à leurs notes, ils demandèrent leurs passeports et partirent (Kisseleff. le 4 janvier).

C est de cette façon que les puissances occidentales en arrivèrent à la guerre avec la Russie.

Dès ce moment la diplomatie russe concentrait tous ses efforts pour s'assurer de l'Autriche. Lors de l'entrevue des deux empereurs à Olmutz, en septembre 1833. le mot d'ordre était : rétablissement de

la vieille, de la sainte alliance des trois puissances! L'Autriche, la Russie, la Prusse agiront, disait-on, comme un seul homme. Ce fut alors qu'on nous demanda , indirectement , l'engagement de prendre part à la guerre contre la France et l'Angleterre : quoique, à cette époque, on n'eût pas encore à Vienne des idées bien arrêtées sur la marche à suivre dans cette complication orientale, et, malgré la nature de nos relations avec l'empereur Napoléon, considérablement refroidies à la suite de notre attitude lors de la reconnaissance du second Empire, la demande de l'empereur Nicolas fut déclinée.

Lorsque l'entrée en guerre de la France et de l'Angleterre était devenue un fait accompli, le comte Orloff arriva à Vienne (février). Cette fois-ci, l'empereur de Russie ne nous demanda que l'engagement de nous renfermer dans une stricte neutralité. Cette démarche aussi n'eut pas de succès.

C'est que dans l'intervalle — de septembre à février — les idées avaient mûri à Vienne. Encore, dans les derniers jours de l'année passée, le comte Buol avait recommandé, à Berlin, une déclaration de neutralité que les deux puissances feraient en commun. Mais maintenant on comprit, ce qu'on n'avait pas compris alors, à savoir, que dans une grande complication orientale l'Autriche ne pouvait pas rester neutre.

Dès que j'avais appris la mission d'Orloff à Vienne, je devinai qu'elle ne pouvait avoir qu'un but : celui de nous induire à émettre une déclaration de neutralité. Pour contrecarrer ses efforts j'expédiai, le 30 janvier, un courrier à Vienne et j'eus la satisfaction d'apprendre

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