‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 126 sur 198 · LA MISSION D'ORLOFF · texte numérisé non relu

LA MISSION D'ORLOFF

que l'empereur François-Joseph était entré dans mes idées. Il adressa quatre questions à Orloff et, comme celui-ci les laissa sans réponse, Sa Majesté refusa la déclaration de neutralité qu Orloff, qui est le plus gros personnage à la Cour de Saint-Pétersbourg, mais qui n'est pas fort en diplomatie, avait eu le tort de formuler peu adroitement et de vouloir arracher à l'Empereur par des procédés peu diplomatiques. Lenvové de confiance de l'empereur Nicolas retourna donc à Saint-Pétersbourg sans avoir atteint le but de sa mission.

En même temps, l'empereur François-Joseph ordonna des concentrations de troupes en Dalmatie et au banat, " pour prévenir des troubles sur les frontières de la Turquie » . Quel chemin fait depuis le mois de novembre dernier lorsque nous désarmions avec ostentation afin de manifester notre confiance illimitée que, cependant, rien ne justifiait, dans les intentions de la Cour de Russie!

Le comte Orloff avait aussi été porteur de propositions de paix. Le 4 février, les représentants des quatre puissances : Buol, Bourquenev. Westmoreland et Arnim, réunis en conférence, rejetèrent ces propositions. C'est le protocole souvent cité du 4 février. Dans une conférence antérieure du 13 janvier — car maintenant nous avions déjà le courage de donner le nom de conférence à ces réunions, pas dans la correspondance avec Saint-Pétersbourg, mais dans les dépèches à Colloredo et à moi — le 13 janvier, la conférence avait concerté et déposé dans un protocole les bases de la paix.

Le 8 février, l'alliance anglo-française fut, pour la première fois, formulée par un échangée de notes, qui eut lieu à Paris.

Le 14 février, j'écrivais de nouveau à Vienne, traitant, pour la première fois, la question orientale sous toutes ses faces et indiquant le chemin que, selon moi, nous devions suivre, mais qui, j'appuyais sur ce point, nous pouvait mener à la guerre avec la Russie. J'appris plus tard que ce rapport a agi sur Sa Majeté d'une manière décisive.

Bientôt après eut lieu la publication des rapports confidentiels de sir Hamilton Seymour. Le monde politique en resta stupéfait. Le ministre britannique à Saint-Pétersbourg rend compte de ses entretiens avec l'empereur Nicolas. Il résulte de ces correspondances, avec une certitude absolue, que sa pensée dominante était le partage de la Turquie de concert et en commun avec l'Angleterre. Il disait à Seymour que tout dépendait de l'Angleterre, qu'il ne se souciait pas de la France et qu'il répondait de l'Autriche. Ces rapports m'expliquent l'intimité, jusqu'ici inexplicable, entre Palmerston et Brunnow.

Cette publication produisit en Allemagne et en Autriche, surtout dans la plus haute région du pouvoir, une sensation profonde ; mais ne put dessiller le* yeux des partisans de la Russie à Vienne et à Berlin. Le gouvernement prussien qui, jusqu'à présent, [avait tenu un langage bien plus décidé que l'Autriche, manifesta soudainement des sympathies pour la Russie. Le roi ne voulut entendre parler d'engagements qui puissent le mènera la guerre avec cet empire. Il chercha

Page 1