‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 127 sur 198 · LES QUATRE POINTS DE GARANTIE · texte numérisé non relu

LES QUATRE POINTS DE GARANTIE

à calmer, à interposer ses bons offices ; fit donner à Vienne, à Saint-Pétersbourg et à Paris — à Paris par le prince de Hohenlohe, envoyé en mission extraordinaire — les déclarations et les assurances les plus contradictoires; mais refusa de ratifier la convention que les plénipotentiaires d'Autriche, de France, de Grande- Bretagne et de Prusse étaient prêts à signer. Par conséquent, il fallait se contenter d'un protocole qui fut signé le 9 avril et est devenu célèbre sous le nom de protocole du dimanche des Rameaux. Cette pièce contenait le germe des quatre points de garantie, nés dans la tête de Drouyn de Lhuys, qui était lame de la coalition contre la Russie, et formulés plus tard par les notes du 8 août. Dans le protocole du dimanche des Rameaux, on trouve déjà, plus développées quelles ne l'étaient dans les protocoles précédents, les pensées dominantes des puissances; à savoir : intégrité de la Porte, évacuation par les Russes des Principautés; entrée de la Turquie dans le système de l'équilibre européen, moyennant des garanties; enfin engagement mutuel des puissances coalisées de ne pas pactiser avec la Russie sans en avoir délibéré, préalablement et en commun, entre elles.

Ce protocole fut donc, après des difficultés inouïes, signé à Vienne le 9 avril; le lendemain, 10 avril, fut signé un traité d'alliance offensive et défensive entre la France et l'Angleterre. Le transport d'un corps expéditionnaire français et de troupes anglaises dirigé vers le Levant avait déjà commencé, dès le mois de mars.

A Vienne, on se sentait paralysé par la défection de la Prusse. Les russophiles gagnaient du terrain. Dans

la sphère la plus élevée du pouvoir et dans les cercles militaires, on s'énonçait, hautement, en faveur d'une politique de neutralité, à suivre en commun avec la Prusse et la Confédération allemande. Le général Hess — l'ami du baron Bruck qui, alors notre internonce à Gonstantinople, agissait dans un sens diamétralement opposé aux instructions du comte de Buol, son chef — ce général Hess fut envoyé à Berlin, où il conclut, le 20 avril, un traité d'alliance offensive et défensive avec la Prusse. Cet acte visant « Ost und West » , c'est-àdire dirigé, éventuellement, contre les puissances occidentales autant que contre la Russie, faussait la situation. C'était une épée à deux tranchants. Il troublait les esprits et ouvrait les portes aux intrigues prussiennes. Je le considère comme une lourde faute politique.

Ces deux traités, le traité anglo-français du 10 avril et le traité austro-prussien du 20, furent annexés à un protocole de la conférence de Vienne, qui déclara que les deux actes étaient conformes à l'esprit des stipulations antérieures, arrêtées entre les quatre puissances.

Invité par l'Empereur à venir assister à son mariage, j'ai pu, le 27 avril, lui exposer dans une longue audience ma manière de juger la question orientale. Cet entretien a fait mûrir le projet d'appeler, sous les armes, d'autres cent mille hommes destinés à être concentrés en Transylvanie et en Gallicie.

Le 10 mai, l'Empereur donna l'ordre de diriger 100,000 hommes vers la Gallicie, portant, ainsi, à 250,000 hommes, le chiffre total de notre armée dans l'est de la monarchie.

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