‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 128 sur 198 · LA CONFÉRENCE DE BAMBERG · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE DE BAMBERG

Le 3 juin, fut expédiée à Saint-Pétersbourg notre sommation d évacuer les Principautés.

Le 14 juin, l'Autriche conclut, à Constantinople, un traité avec la Porte, en vertu duquel elle se charge de la défense de la Turquie, sur le Danube, contre la Russie, et occupera, à cet effet, les Principautés jusqu'à la conclusion de la paix.

Cependant, les États secondaires d'Allemagne, travaillés sans cesse par les agents russes et dirigés par If M. de Beust et Van derPfordten, essayaient de suivre une politique indépendante. Leurs ministres, réunis en conférence à Bamberg, dans le courant de mai, demandèrent l'évacuation, par la Russie, des Principautés, mais en même temps le retour des flottes anglaise et française à Malte et à Toulon. A Paris, on se moquait de ces prétentions; à Londres, on s'en fâchait; à Vienne, on se sentait froissé, mais on laissait faire; à Berlin, on s'évertuait à en tirer parti en faveur de la politique de neutralité. Malgré cela les « bambergeois » , comme on les appelait, en furent pour leur peine. La diète de Francfort s'appropria notre traité du 20 avril.

Le gouvernement grec, et surtout la reine, qui se Voyait déjà impératrice de Byzance, favorisait ouvertement le soulèvement des ravas de l'empire et de la Macédoine; les puissances occidentales firent occuper le Pirée par une couple de bataillons français, ce qui mit aussitôt fin à l'insurrection (mai).

En juin, une entrevue eut lieu, à Tetschen, entre l'empereur d'Autriche et les rois de Prusse et de Saxe.

Le général Hess, occupé encore des derniers prépa-

ratifs pour l'invasion des Principautés, concentra des forces imposantes en Bukovine. Dès lors, la position des Russes dans ces pays devint intenable. Ils y avaient perdu énormément de monde et dû lever le siège de Silistrie. Aussi (août) le prince Gortschakoff notifia-t-il au comte de Buol que les Principautés seraient évacuées par les Russes pour des motifs stratégiques. Ce grand résultat était — personne n'osait le contester — l'œuvre de l'Autriche, c'est-à-dire le résultat des excellents mouvements stratégiques de Hess, exécutés en deçà de nos frontières sur les derrières de l'armée russe.

Cependant, on avait fait un nouvel effort dans le but d'en arriver à la conclusion d'un quadruple traité; en d'autres mots, à la coalition européenne. La Prusse se tenait à l'écart, mais l'empereur François-Joseph consentit non à la signature d'un traité, mais à un échange de notes qui eut lieu à Vienne le 8 août. Les notes, conçues et élaborées par Drouyn de Lhuys et moi, furent rédigées par Thouvenel, en grande partie sur mon bureau.

Elles reproduisent, en les précisant et en laissant de la marge à d'autres stipulations, les célèbres quatre points de garantie :

1° Cessation du protectorat russe dans les Principautés ;

2° Liberté de navigation sur le Danube ;

38 Revision du traité de 1841 concernant les Dardanelles et le Bosphore;

4° Cessation du protectorat russe à l'égard des sujets grecs de la Porte.

Le cabinet autrichien se chargea de transmettre ces

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