‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 129 sur 198 · LA PRISE DE ROMARSUND · texte numérisé non relu

LA PRISE DE ROMARSUND

demandes au gouvernement russe, qui répondit par un refus catégorique (septembre). C'était le moment, où les puissances occidentales avaient espéré nous voir déclarer la guerre à la Russie. Nous n'en fimes rien. Grande était la déception à Paris, plus grande encore à Londres. On nous taxait de mauvaise foi et de poltronnerie, et j'avais de mauvais moments à traverser.

Le 20 août, nos troupes pénétrèrent, sans coup férir, dans les Principautés, pendant que les Russes se retiraient au fur et à mesure que nous avancions.

La campagne maritime dans la Baltique, sauf la prise de Bomarsund, une des iles d'Aland, par les Français, ne donna absolument aucun résultat.

Les troupes françaises et anglaises concentrées au printemps à Gallipoli et à Varna avaient été terriblement éprouvées par le choléra et les fièvres. En attendant, je faisais ce que je pouvais pour déterminer le gouvernement autrichien à concerter un plan de campagne et, éventuellement, une action commune avec les puissances occidentales. C était le seul moyen d'empêcher le transfert du théâtre de la guerre en Asie ou en Grimée. Sous ce rapport, nos intérêts se rencontraient avec ceux de la France, qui n'avait rien à gagner en Asie, tandis que nous devions compter avec l'éventualité d être attaqués par la Russie après le départ des armées française et anglaise. Mais tous mes efforts échouèrent contre les hésitations et le jeu de bascule qui étaient alors à Vienne à Tordre du jour.

Espérant toujours une invitation, qui ne venait pas, du quartier général autrichien dans les Principautés, le maréchal Saint-Arnaud avait refusé constamment d'en-

trer dans les vues et intentions de lord Raglan, et ce fut en août seulement que, désespérant de la coopération de l'armée autrichienne, le maréchal adopta le plan anglais dune expédition en Grimée.

Le 14 septembre, 50,000 Anglo-Français débarquent à Old Gastle (Grimée) ; le 20, ils battent l'ennemi sur les bords de l'Aima; mais au lieu de marcher droit sur Sébastopol, où il ne se trouvait que 6,000 hommes parfaitement démoralisés, ils font une marche de flanc vers Balaclava.

Ces premiers succès et la nouvelle fausse de la prise de Sébastopol eurent partout, mais nulle part plus qu'à Vienne, un immense retentissement. Je fus chargé, par télégraphe, de féliciter l'empereur Napoléon et il était évident que nous virions de bord, du côté de l'Ouest. Le 3 octobre, le comte de Buol m'écrit pour me dire qu'il faut reprendre les pourparlers, cette fois-ci confidentiels, qui en effet, après de nombreuses péripéties, aboutissent, enfin, à la conclusion de la triple alliance du 2 décembre.

Le 26 novembre nous signons, à Vienne, un article additionnel au traité du 20 avril, par lequel la Prusse s'engage à considérer une attaque de la Russie contre nos troupes rassemblées dans les Principautés comme une attaque dirigée contre notre territoire.

La France s'était engagée, avec nous, à entrer en négociations de paix avec la Russie si cette puissance, s'y prêtait, sur la base des quatre garanties et sans lui demander des cessions territoriales considérables. Il s'agissait d'obtenir le même engagement de la part du cabinet anglais et nous en fîmes une condition de la

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