‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 130 sur 198 · LA COOPÉRATION DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LA COOPÉRATION DE L'EMPEREUR

signature d'un traité défensif avec la France et 1 Angleterre. Nos démarches directes ne pouvant vaincre la résistance des ministres anglais, je fus chargé de leur arracher l'engagement voulu en invoquant à cet effet la coopération de l'empereur Napoléon. Enfin, à travers des difficultés qui paraissaient insurmontables, nous réussimes et le traité dit du 2 décembre fut signé. Grande était la jubilation à Vienne et à Paris parmi les amis de 1 alliance occidentale. Je ne pouvais la partager. Je connaissais trop bien l'extrême répugnance qu on éprouvait chez nous, dans les régions du pouvoir, à faire la guerre à la Russie pour me dissimuler que la rédaction vague du traité nous faciliterait, le cas échéant, les moyens de nous dégager au dernier moment. Loin de me livrer à l'allégresse générale, je prévoyais un nouveau refroidissement et peut-être une rupture avec la France.

Peu de jours avant la conclusion de ce traité, le 27 novembre, le prince Gortschakoff avait déclaré que la Russie acceptait les quatre garanties qu il avait catégoriquement rejetées en septembre. Le but de cette démarche, qui échoua, était de nous induire à renoncer à la signature du traité d'alliance avec les puissances occidentales.

Le 22 décembre fut signé, à Vienne, un traité avec la France, négocié et rédigé par moi à Paris, en vertu duquel les deux puissances contractantes se chargeaient du maintien du statu quo et de Tordre public en Italie. pendant la durée de notre action militaire commune en Orient.

Le 28 décembre, un protocole spécifiant les quatre

points de garantie fut signé à Vienne. Il y est dit, pour la première fois, que les puissances se coalisent pour mettre fin à la prépondérance russe dans la mer Noire.

C'est ainsi que se termina l'année 1854. On semblait toucher à l'ouverture des négociations de paix. J'avais la ferme conviction qu'elles n'aboutiraient pas. Les choses n'étaient pas mûres. On manquait d'un résultat militaire sérieux. Il n'y avait ni vainqueur, ni vaincu.

Les exigences des puissances occidentales et de l'Autriche étaient énormes. On demandait simplement à la Russie d'abdiquer comme puissance prépondérante en Orient et de renoncer à une suprématie reconnue jusqu'à présent tacitement par l'Europe. Et, cependant, la Russie n'avait pas essuyé des pertes assez considérables pour justifier un si grand sacrifice. Ajoutons à ceci les hésitations à Vienne et la politique décidément russophile de la Prusse et des cours secondaires de l'Allemagne. Mais, malgré cela, n'était l'aveuglement de la cour de Russie et surtout de l'empereur Nicolas devenu inaccessible aux conseils de ses vrais amis et sourd à la voix de la raison, ce souverain n'aurait pu se faire illusion sur le fait que voici : la coalition est en voie de se former, tôt où tard elle sera formée et, une fois faite, l'issue de la lutte ne saurait être douteuse. Aucune puissance, l'histoire le prouve, n'a résisté à l'Europe coalisée. Voilà, précisément, ce que ce prince n'a pas compris. Ceci étant, les négociations de paix, préparées à si grand'peine, ne pouvaient aboutir. Je me demandais comment on ait pu se tromper à Paris

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