‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 13 sur 198 · LE DUC DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

LE DUC DE SAINT-SIMON

veau. Car il nous faut du nouveau. Personne ne peut revenir à l'absolutisme de Joseph II, ni au bureaucratisme de François Ier. Saint-Simon propose au duc d'Orléans la convocation des états généraux, quoiqu'il dise lui-même, que » les personnes les plus séduites par ce grand nom (les états généraux) auraient peine à montrer aucun fruit de leurs diverses tenues » chapitre cccLXXXXvn) . Maintenant les movens qu'il compte emploverpour exploiter cette institution en faveur de la couronne, sans faire aux états de nouvelles concessions, répondent littéralement aux arguments, que les adeptes haut placés du système représentatif parlementaire, les uns avec conviction, les autres pour tromper leurs victimes, font valoir auprès des princes pour leur persuader d'adopter cette forme de gouvernement. Les « sincères » d'entre eux spéculent toujours sur leur propre finesse et sur la bêtise du public, sans comprendre, que le plus souvent ce sont eux qui sont les dupes. Lorsque dans l'hiver de 18-48 à 18 -40. à Ûlmiitz, le prince Félix de Schwarzenberg, cédant, malgré mes remontrances, aux instances des ministres Stadion, Bach et Bruck, s'était laissé arracher son consentement à la confection d'une constitution, calquée sur les modèles connus, et intitulée plus tard la charte du 4 mars, la même qui, par une sorte de coup d'État que je regrette, mais qui était devenu inévitable, vient d'être abolie, je trouvai un jour M. Bruck dans le cabinet du prince, recommandant l'adoption d'un article de la constitution norvégienne. C'était le fameux veto, c'est-à-dire, le droit du souverain de refuser deux fois la sanction d'une loi votée par les chambres. Mais

si celles-ci y revenaient une troisième fois, le projet de loi aurait force de loi. M. Bruck, natif de Cologne, négociant établi à Trieste, en 1848 membre du Reichsrath de Francfort avant d'entrer dans le ministère Schwarzenberg, démocrate allemand de la plus belle eau, mais pas révolutionnaire, et avec cela, un homme fort doué, afin de convertir son interlocuteur, employa, quoiqu'il n'eût jamais lu les Mémoires de Saint-Simon et en ignorât probablement l'existence, absolument les mêmes arguments, que ce duc et pair a mis en avant vis-à-vis du régent de France. C'est que comme celuici il se flattait d'être plus fin que tout le monde, d'être habile, de ruser enfin, car c'est le grand art de gouverner parlemcntairement, l'art que Guizot a possédé à un si haut degré. On sait où il l'a mené. Le prince Félix laissa parler M. Bruck et, lorsque celui-ci eut fini, lui dit en souriant : « Bah! il ne nous manquerait que cela! » Il n'a plus été question du veto.

Samedi 27. — Le Moniteur donne aujourd'hui les ordonnances composant le nouveau ministère : le général Saint-Arnaud à la guerre, Turgot aux affaires étrangères, Thorigny, Gasabianca, Gorbin, etc., des noms peu ou pas connus, sauf Saint-Arnaud et, c'est précisément ce qui lui donne une signification. Louis- Napoléon veut faire du nouveau; donc il lui faut des hommes nouveaux. Fould, que j'ai rencontré ce soir avec Berryer chez la princesse de Lieven, a parlé de sa chute, sans rancune, avec l'esprit incisif propre à sa force.

Kossuth est le lion à Londres. Malgré la saison

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