‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 14 sur 198 · MESSAGE DE LOUIS BONAPARTE · texte numérisé non relu

MESSAGE DE LOUIS BONAPARTE

morte, les personnes Je la haute société qui s'y trouvent, comblent le chef de l'insurrection hongroise de toute sorte de politesses. Ceux qui connaissent l'Angleterre savent ce que cela vaut; mais à Vienne, en haut lieu, on a pris de l'humeur et Buol a reçu l'ordre de quitter Londres temporairement. Il vient d'arriver à Paris. On organise à Vienne une campagne diplomatique dirigée contre le gouvernement anglais. Je le regrette, car, pour réussir, il nous faudrait une entente parfaite avec Berlin et Saint-Pétersbourg. Or cette entente ne se fera pas.

NOVEMBRE

Mardi 4. — Le matin, chez le nouveau ministre des affaires étrangères, comte de Turgot, qui tient un langage... on ne peut plus conservateur. On le retrouve dans le message du Président à l'Assemblée nationale, qui a été ouverte aujourd'hui. Mais par ce message Louis Bonaparte demande l'abrogation de la loi du 31 mai 1850, c'est-à-dire le rétablissement du suffrage universel illimité. Ce passage du message fut accueilli par les rires et les huées de la majorité et par les applaudissements frénétiques d Emile de Girardin et de la Montagne. Mole et Berryer, que je rencontrai le soir chez la princesse de Lieven, étaient hors des gonds; mais à travers leurs colères perçait la consternation.

Samedi 8. — Les questeurs proposent : le président le l'Assemblée nationale, ou les questeurs, ou l'un

d'eux ont le droit de requérir la force armée pour la défense de l'Assemblée. C'est Thiers, qui a inventé la proposition. Elle vise l'Elysée. Mole s'est laissé entraîner à l'appuyer.

Mardi 11. — Chaque jour répand de la lumière sur les dispositions du pays. Il a peur et ne veut plus des rhéteurs. C'est ce qui fait la force de l'Elysée.

Chez moi, grand diner : Turgot, le nonce, Normanby, Valdegamas, le duc de Broglie, Buol, Montalembert, le vieux général Fagel, Viel-Castel, San Giaccomo, etc., un festin de désorientés, de consternés et de curieux. Chez la princesse de Lieven, fait la connaissance de la célèbre comtesse Woronzoff- Dachkoff, fille de Mme Narishkin, que je trouve plus piquante que belle.

Jeudi 13. — L'Assemblée nationale a rejeté à la majorité de sept voix la proposition du gouvernement, portant abolition de la loi électorale du 31 mai. Piscatori et Werner de Mérode dinent chez moi, le philosophe qui pleure et le philosophe qui rit. Plus Piscatori tournait au tragique, plus se sentait en verve l'incorrigible rieur de Mérode. On ne dépense pas plus d'esprit en pure perte en discutant une situation, qui me semble peu faite pour invitera la plaisanterie.

Lundi 17. — La proposition des questeurs a été rejetée avec une majorité de 108 voix, la Montagne ayant voté avec les Élyséens.

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