L'EMPEREUR NE CROIT PAS A LA PAIX 30T
sions dont on se berce en Russie, à l'égard de l'Autriche.
Dimanche 21. — Chez 1 Empereur. Il ne croit pas à la paix et ne veut pas de ce qu il appelle un simulacre de paix. Il demande qu'on impose à la Russie des pertes réelles et matérielles; il n exige pas encore de cessions territoriales, mais la démolition de forteresses russes, etc.
Mardi 23. — Le comte Buol, par une circulaire à nos missions en Allemagne du 14, malgré l'opposition de la Prusse, engage les gouvernements allemands à mobiliser, au moins, la moitié de leurs contingents et à élire un commandant en chef des troupes fédérales. En cas qu'une résolution en ce sens ne fut pas prise à la Diète, notre gouvernement, par une circulaire du 14, demande si les gouvernements sont disposés à partager le sort de 1 Autriche, qui leur garantirait le statu quo territorial et une part proportionnelle aux résultats dune guerre victorieuse. En revanche, on espère que ces gouvernements placeront leurs forces sous le commandement en chef de 1 Empereur. — Bravo! Hier, Prokesch a saisi la Diète de cette affaire. — Le maréchal Narvaez, qui dine chez moi, me parle, avec enthousiasme, de notre armée de Lombardie.
Vendredi 26. — Une dépèche de Buol m'annonce la prochaine arrivée du général comte Crenneville, en qualité de plénipotentiaire militaire auprès de la personne
de l'empereur Napoléon. Il est chargé d'élaborer un plan de campagne pour les trois éventualités suivantes : la Prusse alliée des trois belligérants, la Prusse neutre, la Prusse alliée à la Russie.
Mercredi 31. — J'écris au comte de Buol (1) : « On considère, ici, tout ce que nous voyons se passer en Angleterre, depuis près d'un an, comme un symptôme certain que le régime parlementaire en Angleterre, autant que sur le continent, a fait son temps, et devra bientôt céder la place à d'autres formes. Mais, s'il est évident que la constitution de la vieille Angleterre est détraquée, il n'en est pas moins vrai qu'on aurait tort de confondre les quelques coteries, qui ont jusqu'ici gouverné le pays, avec la nation anglaise. L'Angleterre n'est ni morte ni affaiblie, et si la paix n'est pas faite bientôt, cette puissance sera, quoi qu'on en dise à Berlin et à Saint-Pétersbourg, un formidable antagoniste. » J'aurais pu ajouter « et à Vienne » , car nos hauts militaires russophiles font fi de l'Angleterre. Mais, c'est à leur adresse que j'ai écrit cette lettre à Buol.
FÉVRIER
Vendredi 2. — Chez nous, les choses vont mal. Nous sommes faibles, irrésolus et nous manquons d'entente politique.
(1) Lettre particulière, du 1" février.