LE VOILE DE MARIE-ANTOINETTE
offrir un voile de dentelles qui avait été porté par la reine. G était bien tentant; seulement Mlle de Montijo n avait pas assez d argent pour Tacheter. Mais quelle fut sa surprise, joveuse et triste à la fois, lorsqu en ouvrant la corbeille de son fiancé elle trouva, tout en haut, ce même voile, identiquement le même, de Marie-Antoinette ! Est-ce clair?
Vendredi 13. — A Vienne, on traverse de nouveau une de ces crises qui ne se répètent que trop souvent dans le cours de cette complication orientale. En ce moment la tâche à résoudre est de trouver une formule contenant les conditions de paix des puissances occidentales, dont le rejet par la Russie constituerait pour l'Autriche le casus belli. Mais, voilà précisément ce qu'on ne veut pas à Vienne. Grande concentration de troupes, à la bonne heure! Mais en faire usage? Jamais. G est ainsi que se résume le programme de certaine puissante coterie militaire à Vienne. Mais, cette fois-ci encore, notre jeune Empereur sera, espérons-le, à la hauteur de sa tache.
Samedi 14. — Nos hésitations commencent déjà à s'ébruiter. A Berlin on proclame la rupture de 1 Autriche avec les puissances occidentales.
Dimanche 15. — Aujourd hui, 1 Empereur et l'Impératrice sont partis pour Londres.
Lundi 16. — Les nouvelles de Sébastopol sont du 10. La veille, a commencé le bombardement de la place, jusqu'au 10 sans effet notable.
Jeudi 19. — Drouyn de Lhuys mande de Vienne : « J'espère que nous resterons unis avec l'Autriche pour la paix comme pour la guerre. »
Vendredi 20. — Dans la conférence tenue, hier, à Vienne les plénipotentiaires des trois puissances alliées ont tenu un langage identique. Ceux de la Russie avaient l'air consterné et, sans rejeter la limitation des forces navales dans la mer Noire, demandaient quarante-huit heures pour réfléchir (c'est-à-dire pour télégraphier à Saint-Pétersbourg) .
Samedi 21. — Les plénipotentiaires russes, dans la séance d'aujourd'hui, ont refusé de discuter même la limitation des forces navales de la Russie. Par conséquent, les conférences ont été suspendues.
Dimanche 22. — Reçu, voie de Londres, de mauvaises dépêches de Buol. Thouvenel vient m'apporter les dernières nouvelles de Londres. Il ne nage pas dans les eaux de Drouyn de Lhuys. L'Empereur et l'Impératrice sont revenus aujourd'hui de Londres. On les dit grisés de l'accueil bruyant que John Bull leur a fait.
Mercredi 25. — Assisté aux convoi et service de M. Ducos, fait avec grande pompe à la Madeleine.
Vendredi27 . — Des nouvelles importantes de Vienne. Nous nous déclarons prêts à modifier l'ultimatum que nous- adresserons à la Russie. S'il n'est pas accepté dans les quarante-huit heures, Valentin Esterhazy