ILLUMINATIONS LE SOIR
en quoi ils ont bien fait. Le soir, il y a illuminations, en partie gâtées par la pluie. Je parcours les rues avec des compatriotes : le Clam-Gallas, les Oswald Thun, la comtesse Aline Dietrichstein, etc.
amedi 15. — Travaillé avec Walewski. Je me flatte d'avoir épargné au roi Ferdinand II l'apparition dune escadre anglaise devant tapies.
Mercredi 19. — Chez Walewski. Je lui présente Prokesch qui, grand amateur de pathos, n'est pas assez fort dans l'idiome gaulois pour déclamer avec succès en langue française. Il se prononce, chaleureusement et énergiquement, en faveur de l'alliance française C'est un moyen sur de plaire ici et, en même temps, de faire naitre aux Tuileries des espérances exagérées au sujet de notre politique.
Aujourd'hui est morte à Pau la duchesse de Blacas, née Des Cars. Encore une amie de moins.
Jeudi 20. — Expédié un courrier à Vienne. Je tache de faire comprendre que ce n'est pas le moment d'inviter les belligérants à entrer en négociation de paix, et je prie Buol de ne pas se faire d'illusion sur la nature de nos relations, satisfaisantes seulement en apparence et non en réalité avec le cabinet des Tuileries.
Vendredi '21. — Ce matin, grandes tristesses à Montgeron. Les vacances de mon fils Paul tirent à leur fin et il doit retourner à Vienne. Pendant deux mois, tous mes enfants — tous les six. comme ils disaient —
avaient été réunis dans le château de Montgeron, où j'avais loué un appartement pour eux. Aussi la séparation fait-elle couler bien des larmes. Je mène Paul à Paris et, le soir, je l'accompagne à la gare du Nord. Il avait déjà disparu sous la porte d'entrée lorsque, profitant de quelques minutes avant le départ, il revint en courant à ma voiture me serrer la main une dernière fois. Bon et noble garçon, aux yeux bleu foncé, au regard spirituel, ouvert, loyal, à l'expression douce et énergique à la fois. Je voyais partir cet enfant, qui ne m'a jamais causé un moment d'impatience ou de chagrin, avec une émotion que j'avais de la peine à m'expliquer, car, hélas! je suis habitué aux adieux et aux séparations (1).
Lundi 23. — A Saint-Gloud. Je présente Prokesch à l'Empereur. L'ancien précepteur du duc de Reichstadt parla longuement de ce jeune prince, ce qui semblait intéresser Sa Majesté. A la fin de l'audience, l'Empereur nous disait qu'il trouvait étrange que notre souverain, son allié, n'eût pas jugé convenable de le féliciter à l'occasion de la prise de Sébastopol.
Jeudi 26. — Première représentation de l'opéra Sainte-Claire, musique par le duc de Saxe-Gobourg. L'Empereur et le compositeur ducal y assistaient. Sur toutes les physionomies, on lisait l'ennui et le désir d'en arriver bientôt au dernier acte. Ajoutez que le libretto est à l'avenant de la musique; on ne sort pas
(1) Je ne devais plus le revoir. Avant la fin de l'année une lièvre typhoïde l'emporta dans l'espace de quatre jours.