LES CONDITIONS DE PAIX
des chambres ardentes et des catafalques. Mais, enfia, le public, composé en grande partie du ban et de 1 arrière-ban du monde officiel, applaudissait. G est le cas de dire que c était un succès d estime.
OCTOBRE
Lundi 1". — Petit diner fort animé chez les Holland avec Thiers, Cousin. Mme Craven, née La Ferronavs. et les Alfred Potocki. Chez Walewski. je fais connaissance avec Abd-el-Kader. Grâce à l'amabilité du général Daumas, je puis causer avec l'illustre émir. C'étaient des banalités, mais on voit que c est, ou plutôt, que c'était quelqu'un.
Jeudi 4. — Walewski est enchanté de ce que dit Bourqueney, arrivé de Vienne en congé. Je communique au ministre le contenu des dernières dépêches de Buol. Mes ouvertures sont accueillies avec empressement. Il espère que nous nous entendrons, pour la paix et pour la guerre, sur les conditions de paix à imposer à la Russie. Bourqueney. toujours un peu optimiste, lui dit qu il en est persuadé; que Buol est revenu d Ischl à Vienne extrêmement satisfait de l'empereur François- Joseph; que Sa Majesté est enchantée de la prise de Sébastopol; que l'Autriche se maintiendra sur les bases du traité du 2 décembre, etc. Nous discutons ensuite, confidentiellement, les conditions de paix : les points un et deux Principautés et Danube à rédiger d'une manière moins avantageuse pour la Bu^ie.. neutralisa-
tion de la mer Noire, indemnité à payer à la Porte, rétrocession de la Crimée à la Russie, cession par la Russie dune partie de la Bessarabie à la Turquie. Mais, en cas de refus de la Russie, l'Autriche tirera-t-elle l'épée?
A ce sujet, Bourqueney en convient, le langage de Buol est évasif. « Nous sommes l'Autriche, lui a-t-il dit. Si la Russie rejette la paix que nous aurons concertée avec vous, mais non pas comme cela s'est fait au printemps, lorsque vous aviez arrêté des conditions de paix avec l'Angleterre seule, conditions que vous vouliez ensuite nous imposer, alors l'Autriche sera l'Autriche » , c'est-à-dire, alors, selon l'interprétation de Walewski, l'Autriche prendra part à la guerre.
Bourqueney et Walewsky sont donc pleins d'espoir. Nous verrons si ces propos de Buol expriment exactement la pensée de notre souverain. Ses dernières dépêches, reçues hier, n'entrent pas dans une discussion des conditions de paix, mais sont en général plus explicites que tout ce qu'il m'avait écrit jusqu'ici.
Dîné chez Walewski avec Canrobert, les Zagarola et d'autres étrangers. (Les étrangers dits de distinction forment les trois quarts, certainement la moitié du monde élégant des Tuileries.) Canrobert, en parlant de la campagne d'hiver, en Crimée, dit : « A certains moments, il y avait sinon des craintes mortelles, du moins de graves préoccupations. »
Jeudi 11. — Chez Canrobert. Il est naturellement modeste et fort intéressant quand il parle de la campagne de Crimée. Il n'a pas une haute opinion de l'armée de Russie : l'artillerie excellente, l'infanterie