‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 151 sur 198 · VISITE DU COMTE COLLOREDO · texte numérisé non relu

VISITE DU COMTE COLLOREDO

ses propositions pour la formation d'un Crédit mobilier à Vienne et qu'il a préféré celles des Furstenberg- Rothschild. — Le soir, chez Walewski ; il venait de recevoir, de Londres, l'assentiment du cabinet anglais aux ouvertures toutes confidentielles que Bourqueney fera à Vienne, où il doit se rendre incessamment. Lui aussi, (Walewski) pense que les idées pacifiques gagnent du terrain en Angleterre.

Mardi 23. — Ontdiné chez moi : comtesse de Montijo, comte et comtesse Walewski, baron de Bourqueney, duc d'Osuna, lord et lady Holland, comte et comtesse Colloredo, comte de Morny, Rodolphe Apponyi, comte Schulembourg, baron James Rothschild, etc. Le diner était fort animé. Il est vrai qu'il est impossible d'être plus causant que Mme de Montijo et plus charmant que Mme Walewska.

Mercredi 24. — Longue visite de Colloredo. Nous sommes d'accord sur la direction et sur le but, mais non pas sur les moyens de l'atteindre. Ou plutôt, Colloredo veut s'arrêter en route. Il n'admet pas l'éventualité de notre participation à la guerre contre la Russie. Des démonstrations, oui; la guerre, non. Voilà son idée. Comme s'il était permis à une grande puissance de menacer sans être décidée et préparée à frapper le coup, si besoin en est! Il représente une opinion très puissante à Vienne. Les hommes, qui pensent comme lui, voient clair jusqu'à une certaine distance. Ce n'est pas la vue qui leur manque, c'est le courage. — Dîné chez Pozzo di Borgo, à Montretout, avec Mlle de i. 23

Beauvau (princesse Isabeau), le nonce et Lionel de Bonneval. — Longue visite de Bourqueney. Il retourne à Vienne, incessamment. Conformément à une entente établie entre le cabinet anglais et l'empereur Napoléon, il proposera, très confidentiellement, à Buol de débattre avec lui, le crayon à la main, non pas la plume (comme c'est Bourqueney !) les conditions de paix concertées entre Paris et Londres. On espère que l'Autriche s'engagera sur la base de ces conditions jusque, et y compris, le rappel de sa mission à Saint-Pétersbourg. Si on ne tombe pas d'accord sur ce point, qui n'engagerait pas l'Autriche à faire la guerre à la Russie, mais à l'accepter, si la Russie la lui fait, ce qui n'est guère probable; si l'Autriche ne veut pas accepter ces propositions, ou plutôt les élaborer avec la France et l'Angleterre, la rupture morale s'ensuivrait entre Vienne et Paris. « Bourqueney me quitte, très optimiste, malgré les douches froides que je lui applique. — Prokesch est nommé internonce à Constantinople; Rechberg président de la diète germanique.

Jeudi 25. — Longue visite de Bourqueney. Il est plein d'espérances. Je ne puis les partager.

Dimanche 28. — Charles Vilain XIV vient déjeuner et dîner avec nous, la famille, sauf mon cher Paul, étant au grand complet. Présentation du comte Rodolphe Apponyi fils, notre ministre à Munich, à Saint- Cloud, à l'Empereur et à l'Impératrice. Il y avait dans l'antichambre von der Pfordten et von Beust (1), les

,1) Les premier» ministres de Bavière et de Saxe.

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