M. VON DEH PFORDTEN DINE CHEZ MOI
Castor et Pollux des États secondaires de l' Allemagne; puis le général prussien Willisen, tout un congrès allemand.
Lundi 29. — Longue visite de Bourqueney, qui part décidément demain. Si nous acceptons les idées très modérées dont il est le porteur, ce sera l'union avec la France et l'Angleterre pour la paix et pour la guerre. Sinon, on déclarera le traité de décembre comme nul et non avenu, et ce sera l'isolement de l'Autriche. Le comprendra-t-on à Vienne? J'écris à mon ministre (2) : « Le baron de Bourqueney a beaucoup vu 1 empereur Napoléon et semble fort instruit des dispositions de son maître; j'ai le pressentiment que la fin de la crise approche — cette crise, qui a commencé par le rejet de nos propositions et qui se terminera par une entente parfaite, claire et sincère, ou par un refroidissement et une séparation... ■
Mardi 30. — M. von der Pfordten vient dîner chez moi tout seul avec les enfants etOttenfels. Après dîner, longue conversation. Il m'expose les détails historiques des négociations avec Vienne et Berlin, l'origine des conférences de Bamberg, son voyage de conciliation. Il me raconte que son roi lavait autorisé éventuellement, si la Prusse consentait (ce dont le roi Frédéric- Guillaume ne voulait entendre parler) à signer, avec les deux grandes puissances allemandes, une alliance offensive contre la Russie. Il ajoute qu'il avait obtenu à
(1) Lettre particulière au comte de Buol, du 29 octobre.
Berlin, le 26 novembre, l'engagement obligeant l'Allemagne à défendre l'Autriche contre toute agression. Enfin, il m'assure qu'il a été mis dedans par Buol qui promet, le 9 novembre, que les confédérés seraient informés préalablement (vorher) des conditions contractées entre l'Autriche et les puissances occidentales, et qui, malgré cette promesse et en dehors de lui, fait connaître à Berlin et à Munich, le 1er décembre, la signature d'un traité qui a lieu effectivement le 2. « Maintenant il faut oublier ces griefs, ai-je dit, et mettre de côté toute susceptibilité personnelle. » Le ministre pense que la Bavière marchera avec l'Autriche si on communique d'abord ce qu'on compte faire à Vienne, au moins pour la forme, et qu'on ne présente pas des conventions conclues et devenues des faits accomplis. La Prusse serait toute prête à marcher avec l'Autriche, et à mettre de côté toutes ses sympathies pour le beaufrère ou le neveu russe, pour peu qu'elle connût le prix de sa coopération. Ce prix serait l'acquisition du Schleswig-Holstein. La Bavière ne songe pas à des agrandissements territoriaux; mais elle se regarderait comme satisfaite si on revenait sur le protocole de Londres de 1852, qui est tout au profit de la Russie parce qu'il oblige, conformément aux insinuations de la reine de Grèce, le prince Adalbert de faire élever ses enfants dans la religion grecque, tandis que la succession ne se fait pas de mâle en mâle, mais d'après la primogéniture. Ainsi, si l'enfant aîné du prince est une princesse, elle succédera au roi Othon et devra épouser un prince de religion grecque, c'est-à-dire un prince russe, de sorte que la dynastie bavaroise s'éteindra eu