ENTRETIEN AVEC VON DER PFORDTEN
Grèce. C'est à ce prix, c'est-à-dire si on veut bien s engager à changer ces dispositions, que la Bavière sera disposée à faire des sacrifices dans le sens de la politique de l'Autriche et des puissances occidentales.
NOVEMBRE
Samedi 3. — Ces jours-ci j'ai vu von der Pfordten plusieurs fois. Ce soir, il a diné, chez moi. en famille. Je lui ai expliqué pourquoi l'alliance, dite du }sord, c'est-à-dire une alliance fondée sur un principe entre trois puissances dont chacune représente un principe différent, est un non sens.
Lundi 5 au samedi 10. — Excursion dans le midi de la France.
Mardi 13. — Aujourd hui j'ai signé avec Walewski une convention d'extradition de criminels ordinaires, le premier traité de ce genre qui ait été conclu entre l'Autriche et la France.
Mercredi 14. — Le comte François Thun et le peintre Ruben, directeur de l'académie de Vienne, ont dîné chez moi. Tous les deux sont dans les idées dont je m'étais inspiré lorsqu'à 1 âge de dix-neuf à vingt ans je me livrais à Rome aux études et aux jouissances des arts. Malgré les efforts de la bureaucratie et de plusieurs salons, le vieux système estébréché et l'Autriche renait. Cela se voit à chaque instant.
Jeudi 15. — Grande cérémonie au Palais de l'Industrie à l'occasion de la distribution des prix. L'Empereur, dans un discours tout à fait politique, dit que si l'Europe se prononce, la paix sera prompte et solide; sinon, la guerre se prolongera. Ces paroles ont produit un grand effet. Les Anglais ont fait un tapage infernal. Un orchestre jouait des morceaux de Hœndel, Gluck, Mozart et Rossini. Le soleil était magnifique et toute la cérémonie superbe. Dans les places du corps diplomatique, il y avait beaucoup d'anciens amis accourus de Londres, et entre autres les Lavradi, Lengoni, lady Ely, etc. J'ai eu à dîner les Eskeles de Vienne et leur fils, Mme de Gablentz avec Heckeeren, qui, comme toujours, a fait les frais de la conversation. Tantôt gentilhomme campagnard, tantôt boursicotier; ici, officier de la garde de l'empereur Nicolas; là, député de l'Assemblée nationale, mais bouffon avant tout, le baron de Heckeeren est devenu un personnage : c'est le loustic du second Empire.
Dimanche 18. — Chez Walewski, qui vient de recevoir un courrier de Vienne. Le 14, un mémorandum a été paraphé par Bourqueney et Buol, faisant les préliminaires de paix, conformément aux idées débattues ici, lors du séjour de Bourqueney (1). La cession territoriale en faveur de la Turquie, ou plutôt de la Moldavie, est encore plus considérable que Bourqueney ne l'avait fait espérer ici. Elle comprendra la moitié de la Bessarabie; le Pruth cessera de faire frontière. La
(1) Voir le journal, 18 octobre.