LES PRÉLIMINAIRES DE LA PAIX
Russie, dit Bourquenev dans son rapport au comte Walewski, sera punie par où elle a péché. L'Autriche, dès que l'Angleterre aura accédé, demandera l'adhésion de la Prusse, qui, à la paix, sera admise aux conférences. Valentin Eszterhazy portera à Saint-Pétersbourg les préliminaires de paix, en forme d'ultimatum, avec un terme de quinze ou vingt jours. L'Empereur François-Joseph désire mais n'exige pas le terme de vingt jours. Après quoi, Esterhazy partira avec toute la légation. Ce soir, un courrier portera à Londres le mémorandum qui a été accueilli avec une vive satisfaction. On insistera pour que le cabinet anglais l'accueille sans délibération.
Mardi 20. — A quatre heures arrive Blome de Vienne, porteur de notre projet de pacification, à savoir du mémorandum du 14, et des préliminaires de paix.
Mercredi 21. — A deux heures et demie chez Walewski. Il a communiqué à Londres et recommandé à l'acceptation pure et simple du cabinet anglais le mémorandum paraphé à Vienne le 14 novembre, et fixant en gros les préliminaires de la paix, la marche que l'Autriche et ses alliés suivraient dans le cas où l'ultimatum autrichien serait rejeté parla Russie. Après une délibération qui a duré six heures, les ministres anglais ont adopté le mémorandum ; mais en insistant sur certaines modifications, qui sont maintenant en discussion entre Paris et Londres. Voici les points contestés : la paix telle que les préliminaires la formulent n'est pas assez bonne. A ce sujet, Walewski ma dit :
« Les Anglais, qui n'ont pas brillé à la guerre de Crimée, et qui mettront au printemps une flotte magnifique à la mer, seraient assez disposés à faire une troisième campagne. » Les ministres anglais acceptent néanmoins nos propositions; mais seulement, disent-ils, par égard pour l'empereur Napoléon. C'est toujours leur tactique, quand ils veulent empêcher l'empereur Napoléon de se rapprocher de l'Autriche, ou d'agir dans un sens qui ne réponde pas à leurs intérêts du moment et aux exigences parlementaires. Les ministres l'accepteraient néanmoins volontiers et sans hésiter, si à ce prix on pouvait obtenir de l'Autriche l'engagement d'entrer en guerre avec la Russie pour le cas où son ultimatum serait rejeté à Saint-Pétersbourg. » Cette objection, M. Walewski l'a victorieusement refutée. La rupture des relations diplomatiques entre l'Autriche, a-t-il dit, et la Russie, sans déclaration de guerre de l'Autriche, est ce qui nous convient le plus. Car cette mesure place la Russie dans la nécessité d'être prête à repousser une agression de l'Autriche, qui pourra choisir son heure et son lieu, tandis que la Russie ne pourra attaquer l'Autriche nulle part parce que, dans ce cas-ci, la Prusse et l'Allemagne seraient obligées, par traité, de secourir l'Autriche.
Ce point vidé, les Anglais ont relevé le passage du mémorandum relatif aux ouvertures de l'Autriche à Saint-Pétersbourg, en désirant qu'il fût constaté davantage que les puissances occidentales ne prennent pas l'initiative de ces ouvertures. Ceci ne peut faire de difficulté ; seulement M. Walewski insiste pour que le texte du mémorandum de Vienne ne soit pas changé, et que