‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 155 sur 198 · ARRIVÉE I>L ROI DE SARDA1GNE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE I>L ROI DE SARDA1GNE

les observations des cabinets de Paris et de Londres soient consignées dans des notes explicatives, qu'on ferait remettre à Vienne.

Enfin, les ministres anglais désirent que le cabinet impérial d'Autriche soit informé des conditions particulières, qu'aux termes de l'article 5 des préliminaires les puissances maritimes se réservent de mettre en avant, lors des négociations. M. Walewski objecte : si les conditions particulières sont très importantes, il vaut mieux rejeter d'emblée le mémorandum du 14 novembre, car dans ce cas-ci l'Autriche aura le droit de retirer ses propositions. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si les conditions particulières sont comparativement secondaires, ainsi que le comte Buol le prévoit dans le mémorandum, il est inutile de les mettre en avant en ce moment, au risque de soulever une discussion avec le cabinet de Vienne, lorsque la promptitude et le secret, avec lequel l'ultimatum autrichien devrait être porté à Saint-Pétersbourg, sont une condition essentielle du succès.

Voilà les confidences que m'a faites le comte Walewski.

J'ai diné chez le duc Decazes avec Cousin, Mignet, Viel-Castel, de La Hitte, l'amiral Gécil, la comtesse Hackelberg et sa fille Lory. Le diner était fort animé. Cousin en faisait les frais avec Mignet. Il alla jusqu'à déclarer que la liberté de la presse était une atrocité!! que les Bourbons ont donné à la France la liberté! etc.

Vendredi 23. — Le roi de Sardaigne est arrivé aujourd hui à une heure. Le prince Napoléon est allé

à sa rencontre. L'éclat officiel de la réception n'a pas séduit le public, qui laissa passer Victor-Emmanuel en silence. L'impression que Sa Majesté a personnellement produite à la Cour n'est pas favorable.

Le comte Mole est mort, à Champlatreux, d'une attaque d'apoplexie. Il semblait en parfaite santé lorsque à dîner, assis à côté de Mme Kalerdgi, il s'affaissa soudainement et, porté sur un lit, expira quelques moments après, sans avoir repris connaissance.

Samedi 24. — Pourparlers entre Paris, Vienne et Londres par télégraphe. C'est une grande crise, et Dieu veuille que l'on ne lâche pas pied, à Vienne. Je m'étonne du peu d'émotion qu'elle me fait éprouver. C'est qu'on se fait à tout.

Dimanche 25. — Le courrier Rettich arrivé de Londres. — A deux heures, réception du corps diplomatique, au pavillon Marsan, parle roi Victor-Emmanuel. Les chefs de mission sont introduits successivement. Le nonce, après avoir confié à tout le monde qu'il s'absenterait de Paris pendant le séjour du roi, paraît à la tête du corps diplomatique. En général, le mot d'ordre du clergé est de prendre la brebis égarée par la douceur et de la ramener ainsi dans le bercail.

Lundi 26. — Aujourd'hui, hélas! j'ai accompli quarante-quatre ans. — Chez Walewski. Les nouvelles d'Angleterre ne sont pas très bonnes. Les changements,

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