‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 156 sur 198 · LES CONDITIONS PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

LES CONDITIONS PARTICULIÈRES

ou modifications demandés par le cabinet anglais, sont les suivants :

1° Étendre la neutralisation à la mer d'Azov. Sur ce point, les ministres ont cédé aux remontrances de Walewski;

2° Pas de traité direct entre la Russie et la Porte, contenant la fixation des bâtiments légers de guerre dans la mer Noire. Lord Palmerston invoque l'exemple de ce qui est arrivé lors de l'incorporation de Gracovie en 1846. L'Autriche, la Prusse et la Russie ont alors soutenu que l'assentiment des signataires du traité de Vienne n'était pas nécessaire, par la raison que le sort de la ville libre de Cracovie a été réglé par une convention conclue entre les trois puissances protectrices de cette petite république, et que cette convention a été seulement annexée au traité de Vienne. C'est sur ce point que porte la difficulté. Buol ayant fait dire qu'il priait Walewski, avec instance, d'insister à Londres sur le traité particulier entre la Russie et la Turquie, tandis que lord Palmerston a dit. aujourd'hui même, à Persigny que plutôt il donnerait sa démission. De là grande perplexité de Walewski. qui a de nouveau sollicité à Vienne, par télégraphe, ce soir même, l'assentiment de l'empereur François-Joseph:

3° Informer le cabinet de Vienne des conditions particulières, que les puissances occidentales comptent faire. Accordé par la France, après des remontrances inutiles. Ces conditions particulières sont :

a) Les puissances occidentales se réservent le droit de demander que les iles d'AlIand ne soient plus fortifiées;

b) Si les événements de la guerre d'Asie leur sont favorables, de faire des stipulations au sujet de la côte de Circassie;

c) Demander à la Russie des avantages commerciaux qui formeront, en quelque sorte, l'indemnité de guerre. Ces trois points sont concédés par l'empereur François- Joseph.

Expédié vin courrier à Vienne. Dîné agréablement chez lady Holland, avecGuizot et Montebello. Terminé la soirée chez Walewski, qui me parait fort inquiet. L'empereur Napoléon écrit à la reine Victoria pour lui recommander l'acceptation des ouvertures de Vienne du 14 novembre.

Mardi 27. — Chez Walewski. Il a reçu communication d'une dépêche de lord Clarendon, qui maintient la prétention qu'il n'y ait pas de traité spécial entre la Russie et la Turquie, et mentionne l'établissement de consuls dans la mer Noire. Je dis à mon interlocuteur qu'il faut insister fortement à Londres et déclarer que, sur ce point, la France ne se séparera pas de l'Autriche ; le cabinet anglais finira alors pas céder. Walewski m'a paru fort impressionné, et j'ai lieu de penser qu'il en agira ainsi. Reste à savoir si l'empereur Napoléon suivra ces conseils.

Mercredi 28. — Assisté aux exercices gymnastiques des garçons. Tous deux s'en tiraient à merveille; Alexandre surtout: a noble boy! — A quatre heures, chez le comte Walewski, qui continue à me tenir au courant de la grande crise et de la lutte qu'il soutient

PROPOSITION DU COMTE WAl.EWSKI 3G5

bravement avec le cabinet anglais pour l'amener vers les vues de l'Autriche.

11 avait demandé avant hier, à neuf heures du soir, par télégraphe, à Bourqueney, son opinion personnelle au sujet du traité spécial entre la Porte et la Russie, si chaleureusement recommandé par le comte Buol, et si obstinément refusé par lord Palmerston. La réponse est arrivée hier. Bourquenev prévoit des difficultés sérieuses; mais ne hasarde pas d'opinion, avant d'avoir vu Buol. Ce dernier a fait appeler Elliot, le chargé d'affaires d'Angleterre, pour le prier de mander à son gouvernement, par télégraphe, que l'empereur François- Joseph attache une très grande importance à ce qu'on adopte le traité spécial. Cette dépèche a passé par Paris aujourd'hui. Walewski venait d'avoir plusieurs entretiens avec Cowlev qui, par miracle, est cette fois-ci favorable aux propositions autrichiennes, et a écrit hier soir et ce matin dans ce sens à lord Clarendon. Walewski propose à Londres la marche suivante : la dépèche d'avant-hier de lord Clarendon à lord Colley sera communiquée à Vienne et appuyée par le cabinet français; mais, dans le cas où l'on rencontre une résistance sérieuse de la part de l'empereur François-Joseph, on lui concédera le traité spécial. Walewski est pénétré de limportance qu'il y a de ne point se séparer de l'Autriche, surtout pour des questions secondaires. Toute mon argumentation se porte sur ce point. L'empereur Napoléon lui a demandé aujourd'hui pourquoi François-Joseph attachait tant d'importance à ce traité spécial entre la Russie et la Turquie? La réponse de Walewski était : c'est pour l'empereur François-Joseph

une question de délicatesse. Il ne veut pas chicaner; mais personne n'a, plus que lui, le débir de limiter la puissance russe dans la mer Noire. Ce n'est donc pas pour éluder le traité général. Il insiste tant, pour que la susceptibilité de l'empereur Alexandre soit ménagée par le moyen de ce traité spécial.

Grand dîner chez lord Gowley. en l'honneur de lord Canning, nouveau gouverneur général des Indes, et de lady Canning.

Jeudi 29. — J'ai conduit Mme Andrian aux Français avec Gustave de Rothschild. On donnait une nouvelle pièce la Joconde, jouée par Mlle Plessis. La pièce est mauvaise et cette célèbre actrice me paraît guindée et minaudière.

Vendredi 30. — Fait un essai inutile pour voir Walewski. Entretien avec lord Gowley, plutôt satisfaisant. Evidemment le cabinet anglais, s'il avait moins peur du parlement ou plutôt du Times, serait enchanté d'accepter, tel quel, notre mémorandum du 14 novembre.

DÉCEMBRE

Samedi 1er. — Le secret de nos transactions avec Paris, ou plutôt des pourparlers entre Paris et Londres, assez bien gardé jusqu'ici, commence à transpirer.

Dimanche 2. — A une heure et demie, aux Tuileries, où j'ai présenté à l'Empereur le duc de Melzi, le comte

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