‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 159 sur 198 · RÉDACTION DE NOTRE ULTIMATUM · texte numérisé non relu

RÉDACTION DE NOTRE ULTIMATUM

rédaction de notre ultimatum, qui a été expédié à Londres parle télégraphe. Le cabinet anglais l'adopte; mais en remplaçant, relativement aux propriétés, les mots puissances garantes par les « puissances contractantes ■ . Gomme Bourqueney avait télégraphié que c'était là le dernier mot de l'Autriche, Walewski craint avec raison que la prétention de lord Palmerston d'éliminer le mot garantie ne soit repoussée à Vienne, et que nous n'échouions au dernier moment. Il rend justice à 1 esprit politique et de conciliation de l'empereur François-Joseph et de Buol.

Un peu ému par ces nouvelles, j'ai néanmoins joui d'un bon et agréable dîner chez la princesse Bagration.

Samedi 15. — Des visites, et rien que des visites. Diner chez le comte Jules de Gastellane. Il y avait le prince Napoléon, la princesse de Pons, la princesse de La Trémouille, Mme de Beaumont (qui a de l'esprit), Alexandre Dumas et Wendtland. Drôle d'assemblage! — Par la pensée souvent à Vienne, où a dû se décider aujourd'hui une phase importante de la guerre de Russie.

Dimanche 16. — Hier au soir, au retour de la chasse, l'empereur François-Joseph a accepté les modifications anglaises, et les préliminaires de paix se trouvent ainsi concertés entre l'Autriche, la France et la Grande- Bretagne. — ValentinEsterhazy part ce soir de Vienne pour les porter à Saint-Péterbourg. Ce sera à prendre ou à refuser, auquel cas Valentin Esterhazy demandera ses passeports et quittera la Russie avec la légation. Ce dénouement d'une crise, qui nous tenait en suspens

depuis six semaines, m'a été communiqué ce matin par Walewski, qui en est enchanté.

Ce soir grand dîner à la Cour, auquel j'assiste avec ma fille Mélanie et tous les compatriotes, que j'ai présentés. Il y avait encore le marquis et la marquise de La Grange, le duc d'Osuna et le maréchal Niel, qui a commandé le génie devant Sébastopol, d'où il vient d'arriver. Je me trouvais placé à côté de l'Impératrice, qui avait à sa droite l'Empereur. Elle avait choisi une toilette aux couleurs de l'Autriche, noir et jaune, et bien que souffrante était en beauté et, à part quelques moments de souffrances passagères, fort gaie. La conversation ne tarissait pas un instant ; elle était enchantée des bonnes nouvelles de Vienne. Le concert établi, elle le croit maintenant vrai et sincère. Au printemps elle m'avait dit un jour, peu de temps avant la rupture des conférences de Vienne : « L'Autriche triche. » Je lui rappellai ce mot; elle se tourna vivement du côté de l'Empereur pour le lui répéter et pour me faire, disait-elle, amende honorable en sa présence. Ce qui me frappe beaucoup, c'est de voir, par ce qu'elle me disait, combien on a, c'est-à-dire, combien l'empereur Napoléon a maintenant le désir de faire la paix.

Elle me parla aussi du concordat. Ce n'est pas l'Impératrice, disait-elle, c'est Eugénie qui vous demande quelles raisons ont pu déterminer votre Empereur à faire ce concordat de moyen âge. Me sentant bien moins fort en théologie qu'en politique, je me suis tu. Somme toute, ce dîner passe comme un moment, et c'est ce qui m'arrive toujours quand j'ai l'occasion d'approcher cette charmante femme. Gomme jeune

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