CONVERSATION AVEC L'EMPEREUR
personne, je l'avais trouvée capricieuse et peu agréable. Il lui a fallu un trône pour devenir sérieuse et aimable.
Après diner longue conversation avec l'Empereur qui me mène, à deux reprises, dans le cabinet de l'Impératrice à côté du salon.
Il est plein de confiance dans l'Autriche ; il se félicite d'avoiramené, non sans peine, le ministère anglais à accepter nos préliminaires de paix. Il veut, il désire, il espère que ces préliminaires soient acceptés à Saint- Pétersbourg. Voici pourquoi il l'espère : si la Russie accepte, elle fera une paix sans sacrifices considérables de territoire. Sinon, la France et l'Angleterre lui porteront dans la prochaine campagne des coups tels qu'il ne lui sera plus possible d'acheter la paix autrement que par des concessions territoriales, fort considérables peut-être.
Je lui dis : « Sire, vous êtes bien grand maintenant, parce que le succès ne vous a pas aveuglé ni enivré, et parce que vous savez vous modérer dans le bonheur. » L'Empereur répondit : « C'est vrai. » Nous sortimes ensuite du cabinet de l'Impératrice, qui s'était retirée, pour rentrer dans le salon, et l'Empereur me présenta lui-même le maréchal Niel. Nous étions fort gais. J'ignorais que pendant que nous nous amusions mon fils Paul se mourait à Vienne.
Lundi 17. — Je l'appris ce matin. Une lettre parlant de la maladie de Paul, sans lui donner trop d'importance, m'inquiète un peu, lorsque peu d'instants après une dépèche télégraphique m'apprend que ce cher enfant avait été administré. Il était déjà mort, et on
n'avait envoyé cet avis que pour me préparer à la terrible nouvelle. Elle m'arriva vers sept heures, pendant que je m'habillais pour le dîner. La gaieté des enfants me déchira le cœur. C'est seulement après dîner qu'on leur a dit que leur frère était malade. Ce dîner avec les enfants, Mlle Tardiveau et Otteufels, pendant lequel je devais dissimuler ma douleur, je ne l'oublierai jamais. Avec cela, obligé de travailler toute la journée. Expédié un courrier à Vienne.
Jeudi 20. — Publication, dans le Moniteur, du traité défensif conclu le 21 novembre à Stockholm entre la Suède, la France et la Grande-Bretagne. Reçu de "Vienne, par courrier français, copie des instructions au comte V. Esterhazy chargé de porter nos préliminaires à Saint-Pétersbourg, et un exposé des démarches que notre ministre à Berlin devra faire, pour décider le roi à appuyer nos propositions auprès de l'empereur Alexandre.
Vendredi 21. — Une lettre de ma chère sœur Betty, avec les détails de la mort de Paul, vient m'inonder le cœur de tristesse. — Chez Walewski. — Dans la soirée le comte Buol m'avertit, par télégraphe, que Georges Esterhazy a été reçu par le roi de Prusse hier, et que Sa Majesté a promis d'appuyer nos propositions.
Jeudi 27. — Les nouvelles de Berlin et des Cours secondaires d'Allemagne ne sont pas bonnes; Georges Esterhazy s'est un peu trop pressé de mander que le roi de Prusse a promis d'appuyer nos propositions à