DES INFORMATIONS D'ALLEMAGNE
de Prusse continue sa politique habituelle. Il veut nous appuyer, et ce sont des coups d'épée dans l'eau. A Munich, von der Pfordten est piqué de ce que nos propositions ne lui ont pas été communiquées. A Dresde, Beust, pour la même raison, jette feu et flamme. Nous avons trouvé moyen de blesser ceux que nous avons si grand intérêt à gagner. En même temps, sous la date du 22 décembre, Nesselrode lâche une circulaire concédant la neutralisation de la mer Xoire, en ce sens que cette mer serait close au pavillon de guerre de toutes les nations, excepté la Russie et la Turquie qui fixeraient, par convention et sans participation ostensible des autres puissances, le nombre de leurs vaisseaux. C'est une dérision. Mais en Allemagne elle produit de l'effet. A Berlin et à Dresde, un peu aussi à Munich, on dit (les gouvernements, non pas le public) : Voyez, l'Autriche ne se contente pas de la neutralisation que la Russie veut concéder ; elle exige une cession territoriale, le tiers de la Bessarabie, ce qui est incompatible avec l'honneur de la Russie, etc. C est sur ce terrain que se trouve placée la question. J'espère que nous ne nous laisserons pas intimider comme l'année dernière, et je le désire encore plus que je ne l'espère.
Le ton des dépèches apportées par Hillinger est bon, mais il est caractéristique que l'Empereur approuve expressément mon langage — langage que j'ai eu la prudence de tenir sous ma propre responsabilité, pour faire pressentir que nous ne sommes nullement disposés à participera la guerre, si même nos propositions étaient rejetées. On sait bien, ici, que nous n'avons pris aucun engagement à ce sujet; mais on espère nous enchainer.
En même temps, et pendant que Valentin Esterhazy est chargé dune démarche qui, très probablement, aboutira à la rupture de nos relations diplomatiques avec la Russie, le prince Gortschakoff donne un dîner pour célébrer le 50e anniversaire du général Hess, et ce général, et toutes nos notabilités militaires se prêtent à cette démonstration, toute faite pour paralyser les efforts de la diplomatie de l'empereur François-Joseph et pour accréditer de plus en plus l'illusion caressée à Berlin et à Saint-Pétersbourg, que l'Autriche ne fera jamais la guerre à la Russie.
Vendredi 4. — Walewski m'a dit hier : L'empereur Napoléon ne s'attend pas à ce que l'Autriche, à la suite du rejet de ses propositions par la Russie, entre immédiatement en guerre; mais il espère qu'elle se rapprochera de nous encore davantage en nous facilitant, par exemple, l'envoi et le passage de nos troupes. Il ne s'est pas expliqué davantage.
Samedi 5. — Les nouvelles de Saint-Pétersbourg sont de nature à faire penser que le dénouement ne se fera pas attendre. Le monde financier est dans la consternation.
Lundi 7. — Grand bal aux Tuileries. — L'Empereur me demande ce que je pense du dénouement de la crise à Saint-Pétersbourg. Je réponds que la Russie donnera probablement une réponse qui ne sera ni un refus ni une acceptation pure et simple: mais qui laissera la porte ouverte à la reprise des négociations, même après