LE GÉNÉRAL BOSQUET
la rupture des relations entre Vienne et Saint-Pétersbourg. Ce n'est pas l'opinion de Walewski qui, sur la foi de Bourquenev et, évidemment, aussi de Buol, est plein d espérance. Il croit à une acceptation pure et simple de nos propositions. Dieu veuille que je me trompe ! L'Impératrice avait l'air souffrant et s est retirée à onze heures. Le bal était fort animé ; toutes nos mères de famille, Mme de Hatzfeld, Mme de Seebach, malgré ses chagrins politiques de Russe humiliée, Mme de Sclafano. qui était ravissante, dansaient comme des écervelées. La jeunesse dorée, les Ottenfels, les Blome, les Reuss, faisaient leur devoir dans la salle des maréchaux, devant l'Impératrice, qui occupait l'estrade entre la reine Christine et la princesse Mathilde. Le général Bosquet, un des héros de la Crimée et, peutêtre, celui qui mérite le plus ce nom, était 1 objet de la curiosité svmpathique de tout le monde. C'est une bonne figure d'homme de guerre dont l'aspect inspire la confiance et impose 1 obéissance. Il me plait beaucoup.
Mardi 8. — Longue visite du duc de Galliéra. Sur l'invitation du baron Bruck, il se décide à se rendre à Vienne vers la mi-février pour prendre part aux négociations pour la concession du chemin de ferlombardovénitien.
Mercredi 9. — La réponse du cabinet russe à nos ouvertures n'a pas été adressée à Esterhazy, mais expédiée le 5 à Vienne; nous devrons donc attendre deux jours pour la connaître.
Jeudi 10. — Le prince Pierre d'Arenberg chez moi. Il m'engage à me remarier, cequi m'ennuie; il me recommande de prendre une femme de quarante ans, ce qui me révolte, et il ajoute que cela convient à un homme de cinquante ans comme moi, ce qui m'exaspère. Avant le dîner, chez Walewski. Seebach a eu l'imprudence de dire à Saint-Pétersbourg que le cabinet français accepterait de légères modifications de nos ouvertures
Samedi 12. — Le courrier Steidl arrive de Vienne avant dîner, et je l'expédie aussitôt à Londres. Le cabinet anglais, après avoir tacitement adhéré au (protocole) mémorandum signé à Vienne le 14 novembre 1855, par Buol et Bourqueney, et destiné à régler la marche des alliés vis-à-vis de la Russie, prétend maintenant qu'avant de signer les préliminaires de paix il faut que la Russie soit informée des conditions spéciales, et qu'elle les ait acceptées. Là-dessus, grande et juste irritation à Vienne. Une demi-heure après, je reçois une dépêche télégraphique de Buol. Gortschakoff lui a remis hier la réponse du cabinet russe, qui accepte à peu près tout, excepté la cession territoriale et supprime l'article 5 concernant les conditions spéciales. C'est beaucoup, mais ce n'est pas tout.
Dimanche 13. — Audience de l'Empereur. Il était fort content de l'acceptation, même conditionnelle, de nos propositions par la Russie, et pense que l'on pourra reprendre en sous-œuvre les contre-propositions russes, après que les relations diplomatiques entre Vienne et Saint-Pétersbourg auraient été rompues. Je l'attaque