‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 164 sur 198 · AUDIENCE DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

AUDIENCE DE L'EMPEREUR

vivement au sujet des réticences anglaises, et je me plains de ce que le ministère britannique, en contradiction avec le mémorandum du 14 novembre, demande qu'en cas d'acceptation pure et simple les préliminaires ne soient signés qu'après que la Russie aurait été informée des conditions particulières, et qu'elle les eut acceptées. Le grand point est la non-fortification des îles d'Aland. L'Empereur me parut embarrassé et peiné de se voir placé entre son engagement pris avec nous et son désir de ne pas se brouiller avec l'Angleterre. J'insiste néanmoins sur deux points, à savoir que la Russie accepte purement et simplement : 1° que les préliminaires soient signés et 2° que l'armistice soit conclu immédiatement. L'Empereur, de plus en plus embarrassé, répond que la Russie n'ayant pas accepté purement le mémorandum n'était plus applicable; que lui aussi pensait qu'il était bon et loyal de lui faire savoir d'avance les conditions particulières.

De chez l'Empereur je me suis rendu chez Walewski, que je trouvais parfait et irrité, au plus haut degré, contre les Anglais.

Lundi 14. — Assisté à l'enterrement du prince de Béthune, père de la grosse Léonie. Le faubourg Saint- Germain y était réuni en assez grand nombre.

Mardi 15. — Le temps était à la pluie, puis un peu brumeux, mais doux. Il v eut dans la cour des Tuileries la distribution de la médaille anglaise de Grimée aux soldats français revenus de Sébastopol. L'Empereur les passa en revue, après que le duc de Cambridge eut dis-

tribué les médailles aux officiers supérieurs et à quelques blessés. Les soldats se raccrochèrent eux-mêmes. Ils étaient de très bonne humeur et criaient : « Vive la Reine d'Angleterre! » Étrange spectacle, et tout cela en présence du nouveau Louvre, parfaitement dégagé des échafaudages. Tout cela paraissait de la magie. Le magicien était, comme toujours, simple et calme.

Le courrier Rettich arrive à cinq heures, avec les contre-propositions du comte Nesselrode du 5, que nous avons rejetées, en demandant l'acceptation pure et simple de nos propositions.

Mercredi 16. — Le matin, travaillé avec Walewski. Le comte Buol espère encore que la Russie acceptera purement et simplement ; mais cela nous paraît bien peu probable. S'il en est ainsi, les embarras que l'Angleterre suscitera seront grands. Passé la soirée chez la princesse de Lieven et chez Mme Fould, où il y eut concert. En rentrant, je trouve une dépêche télégraphique du comte Buol, datée de huit heures du soir et portant qu'aujourd'hui, à deux heures, le comte Nesselrode a notifié au comte Valentin Esterhazy, par écrit, l'acceptation sans réserve de nos propositions.

Jeudi 17. — A huit heures du matin, je me rendis chez Walewski, moitié enchanté moitié soucieux, dans la prévision des difficultés que fera l'Angleterre, et je lui ai communiqué la grande nouvelle. L'Empereur la fit afficher à la Bourse, à midi. La rente monta de cinq francs ! ! Le soir il y eut beaucoup de maisons illuminées ; on voyait des gens s'embrasser dans les rues et

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