PETIT BAL AUX TUILERIES
verser des larmes de joie. Mais il y eut aussi des mécontents, comme l'ambassadeur d'Angleterre, et des consternés parmi les boursicotiers, qui avaient spéculé à la baisse.
Au bal de la princesse Mathilde longue discussion avec l'Empereur. Je soutiens que retarder la signature des préliminaires ce serait compromettre la Cour d'Autricbe. Il me dit que l'on ne pourra faire la paix sans obtenir de la Russie l'engagement de ne pas fortifier les tles d'Aland et la restitution de Kars.
En échange, on pourrait lui offrir la portion qu'elle vient de céder de la Bessarabie, moins la rive gauche du Danube, avec les forteresses de Reni, Ismaïl et Kilia ; au reste, il était assez embarrassé, et je le pressais fortement de peser à Londres. — Longue conversation •avec lord Cowley qui est tout bouleversé de l'acceptation de nos propositions par la Russie. — Aujourd hui est mort ici le vicomte de Santarem, géographe portugais, un brave homme.
Samedi 19. — Petit bal aux Tuileries, causerie avec l'Empereur sur le même sujet. J'écris à Buol (1) : « M. Walewski me dit que l'empereur Napoléon était fort agité ces jours derniers et que personne ne l'a jamais vu aussi inquiet. Je conçois cela, parce que je sais qu'il ne se séparera pas de l'Angleterre, et parce que, d'un autre côté, il doit comprendre que la France le condamnerait s'il ne faisait pas la paix avec l'immense résultat obtenu.
(i) H'iibner à Ruol, 19jauvicr, lettre particulière.
« L'Autriche a beaucoup gagné. De toutes parts on vient à moi, pour me le dire, b
Lundi 21. — Travaillé avecWalewski. Le gouvernement anglais persiste dans ses demandes déraisonnables.
Mardi 22. — Le cabinet anglais continue à soutenir que la Russie doit accepter les conditions particulières des belligérants, avant la signature des préliminaires.
La France résiste à cette prétention, le comte Walewski énergiquement, l'empereur Napoléon faiblement, tous soutenant que ce serait poser un second ultimatum à la Russie, qui a déjà accepté le nôtre. Cet incident est très grave.
Mercredi 23. — Aujourd'hui le comte Walewski m'a paru plus rassuré sur la conduite de l'Angleterre. Il espère la ramener à signer, purement et simplement, les préliminaires de paix. C'est peut-être une illusion. Toutefois elle m'a valu une journée tranquille. Les négociations auront lieu à Paris.
Jeudi 24. — Chez Walewski. Les nouvelles de Londres très mauvaises. Dans un conseil des ministres tenu hier, on a décidé de demander à la France de communiquer à la Russie les conditions particulières et de lui déclarer que leur acceptation était une condition sine quâ non.
Le comte Walewski est très décidé à repousser celle