‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 166 sur 198 · RESISTANCE DU COMTE WALEWSKI · texte numérisé non relu

RESISTANCE DU COMTE WALEWSKI

prétention qui constituerait, en vérité, un second ultimatum à deux après l'ultimatum autrichien à trois.

Mais l'empereur Napoléon tiendra-t-il bon? Toute la question est là.

Vendredi 25 . — Le cabinet français résistera à l'Angleterre, en ce sens qu'il refusera d'établir le sine quà non; mais il fera cette concession qu'elle consentira à faire connaître à la Russie les conditions particulières. Chez Walewski, que je fortifie dans sa résolution de résister aux prétentions anglaises. Pourvu que Louis-Napoléon tienne bon! J'écris aujourd'hui à Buol (1) :

« Le comte Walewski déploie une grande énergie. L'empereur Napoléon appuie, mais pas assez, à mon sens. C'est toujours la crainte de se dépopulariser en Angleterre, qui le retient. Peut-être aussi, des égards pour lord Palmerston, qu'il croit être son ami. Toutefois, je ne désespère pas. Le comte Walewski considère le ministère Palmerston comme perdu et je pense qu'il s'en consolera. Voilà ce que c'est que la force des choses. Drouyn de Lhuys est tombé, pour être trop autrichien, et le comte Walewski est entré au ministère, essentiellement anglais, et aujourd'hui il est mille fois plus autrichien que ne l'était son prédécesseur. »

Samedi 26. — Travaillé avec Walewski. Il me lit une dépèche à Persigny, dont copie sera laissée à Clarendon,

(1) Hubner à Buol, 25 janvier, lettre particulière.

et dans laquelle la France rejette, avec une grande fermeté, la prétention du cabinet anglais d'établir, vis-àvis de la Russie, avant la signature des préliminaires, les conditions particulières comme sinequâ non. Bal chez le prince Jérôme, au Palais-Royal. L'Impératrice était assise au bout de la grande salle, entre la reine Christine et la princesse Mathilde, toujours aimable, belle et gracieuse. Elle me fit un signe de l'approcher. « Vous m'évitez, dit-elle. Déjà au dernier bal je n'ai eu avec vous qu'un petit bout de causerie. — C'est que je suis timide, fut ma réponse. Je n'ose pas. — Mais osez donc, osez donc! » dit-elle. Puis, elle se mit tout de suite à faire de la politique, b L'Autriche est celle des puissances alliées, qui a fait le moins et qui gagne le plus. Pourquoi ne voulez-vous pas faire connaître, à la Russie, les conditions particulières?» etc., etc. Peu à peu elle s'anime et moi, je discutais moitié sérieux, moitié en plaisantant. Enfin, elle appela l'Empereur qui était à quelques pas de nous : « Louis, dit-elle, venez à mon secours. » La conversation continua ainsi à trois sur le même ton, l'Impératrice devenant toute rouge, tant elle se laissait entraîner. J'y reconnaissais les idées anglaises. « Si on vous laissait faire, Madame, m'écriai-je, nous aurions la guerre universelle. » Et elle de se récrier. Puis, quand l'Empereur se fut retiré, elle me dit presque sérieusement que je l'avais compromise, qu'elle serait grondée, qu'elle aurait un sermon en rentrant, qu'elle ne me parlerait plus, etc.

J'ai eu ensuite un long et satisfaisant entretien avec l'Empereur. Il croît être sûr de l'adhésion de l'Anglelerre. En général on considère la paix comme assurée.

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