‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 167 sur 198 · UNE JOURNEE OCCUPEE · texte numérisé non relu

UNE JOURNEE OCCUPEE

Dimanche 27. — Une journée bien occupée. A une heure, présentation d'étrangers aux Tuileries : j'ai présenté à Leurs Majestés le comte Feri Traun et sa belle-fille, la jolie Mlle Kendôffy (1), connue pour la blancheur de ses épaules et la rougeur de ses principes politiques. De là, au Conservatoire avec Mme Fould et M. Fortoul. — Des visites et puis chez Walewski. La résistance du ministère anglais est vaincue, la partie est gagnée dans notre sens. En rentrant, je trouve l'acceptation russe par écrit, et son projet de protocole qui, s'il est accepté par la France et l'Angleterre, sera signé à Vienne. Trois semaines après, les négociateurs se réuniront à Paris, signeront les préliminaires et entreront en négociations. Je travaille beaucoup pour faire admettre la Prusse aux négociations; mais Napoléon est peu disposé et le ministère anglais, décidément et passionnément, contraire. Mauvaise politique !

Lundi 28. — Travaillé chez Walewski.

Mardi 29. — Travaillé avec Walewski. La Prusse ne sera décidément pas admise. Je ferai encore des efforts. La résistance ne vient point de l'empereur Napoléon. Elle vient du cabinet de Londres, qui craint la presse et le parlement fort irrités contre la Prusse. Avec le comte Traun et Mlle Kendôffy, au grand bal des Tuileries. Il avait bon air. La salle des Maréchaux n'était accessible qu'aux élus. Il y avait pour la première fois des banquettes placées sur des estrades tout autour de

(1) Aujourd'hui comtesse Jules Andrassy v1889).

la salle. Le grand carré, ainsi formé, était réservé pour la danse et pour le corps diplomatique. Il y avait trois fauteuils entre les cariatides, occupés par l'Impératrice, la reine Christine, et la princesse Mathilde. Les hommes étaient en culotte courte. L'Empereur, ce soir, d'une humeur brillante, valsait avec la marquise Sclafano, la duchesse de Valentinois et la marquise Strozzi.

Mercredi 30. — Toujours tourmenté par une névralgie. Ecrit à Vienne et engagé le cabinet à insister sur l'admission de la Prusse.

Jeudi 31. — Aujourd'hui, le protocole constatant l'acceptation sous réserve par la Russie des préliminaires de paix proposés par l'Autriche devait être signé à Vienne.

Le télégraphe est resté muet. Le discours de la reine d'Angleterre, qui a ouvert le parlement aujourd'hui, plutôt pacifique. Chez Walewski. Le temps superbe.

FÉVRIER

Vendredi l*r. — Aujourd'hui à midi a été signé, à Vienne, le protocole engageant toutes les parties contractantes aux préliminaires de paix. — Le prince Paskiewich est mort à Varsovie.

Samedi 2. — Le temps magnifique. Le soir, petit bal aux Tuileries. Longue causerie intime et animée avec

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